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Bienvenue sur Firewhisky les sorciers ! On espère que vous allez bien, et que vous êtes près à swinguer au rythme des trompettes ! À Londres Magique, nous sommes en Mars 2017 ! Les oiseaux recommencent à chanter et les mimosas sont en fleur, bon courage pour les allergies. Il est 12 heures, l'heure des news !

15.03.17 — Après un an d'aventure extraordinaire à vos côtés, Firewhisky ferme définitivement ses portes. Retrouvez plus de détails ici, et écrivez la fin de votre personnage par là !
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02.01.17 — La MaJ #5 a été effectuée ! Retrouvez tous les détails de cette dernière par ici !
19.09.16 — Le journal de FW reprend ! Participez-y en écrivant un article. Plus de détails ici.
04.09.16 — Une MàJ a été effecutée ! Retrouvez tous les détails ici
18.08.16 — le forum sera inaccessible du 02/09/2016 au 04/09/2016 pour une nouvelle mise à jour. On sait, on en fait beaucoup, mais il faut encore se préparer à de gros changements....













Unforeseen || ft. Cole


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Unforeseen || ft. Cole
21.12.16 2:38

Boadicea a fait le grand saut aujourd’hui. Elle est allée valser tu ne sais où, et quand tu as voulu la relever de sa léthargie, elle t’est tombé des mains et s’est convulsionnée sur le sol jusqu’à ce que le souffle ne la délaisse. Ton regard l’a accompagnée tout au long de son agonie, impavide parce que cette vision ne t’a pas autant remuée que tu ne l’espérais. Tu baisses la tête et regardes la petite patte vert pâle, encore agitée de rares soubresauts nerveux, qui dépasse de la boîte d’allumettes - celle qui lui fait office de sépulture temporaire, et dont tu as gaspillé le contenu à cet effet - en te demandant si ça t’attriste ou bien t’indiffère. Était-elle un outil de travail ou une acolyte amphibienne ? On te l’a offerte à tes douze ans, pour que tu aies quelque chose à torturer plutôt que d’aller fouiner là où rien ne te concerne, du haut de tes genoux frêles et un peu cagneux. Tu ne l’as jamais aimée ; trop angoissée et angoissante, minuscule, impossible à manier. Boadicea était une grenouille. Tu penses à prendre un chat, la prochaine fois. Tu penses que tu l’appelleras Gengis Khan, Blood Countess, si c’est une femelle, ou bien Caligula, en espérant que ça aura quelqu’effet sur le tempérament de la bestiole.

Tu te lèves, frissons et ankylose dans les jambes et repousses du pied les deux boîtes - l’une minuscule, l’autre volumineuse - qui gisent près de toi, au sol.  Tu te frayes un chemin jusqu’à la croisée embuée. Tu t’y colles obstinément, malgré le toucher glacé sur ton nez, ton front et tes pommettes, le regard probablement un peu fou et louche. D’ici tu peux observer le lac à ta guise, sa surface gelée et désolée: peut-être que tu pourrais y laisser glisser la boîte de Boadicea, histoire qu’elle soit submergée une fois la glace fondue. Quoique ça en laisse du temps, penses-tu en laissant courir ton mauvais œil sur la nature paresseuse. Tu ne voudrais pas ôter à quelque hasard plus précoce le soin de te débarrasser du petit cadavre. Sans quitter l’extérieur enneigé du regard tu appuies tes épaules contre le mur de l’alcôve et te balances sur tes pieds et ton bassin, les mains croisées derrière toi. Gamine désœuvrée. Par moment des rires, pas et murmures d’autres camarades résonnent dans l’escalier.

Et tu repousses les échéances, puisqu’elles te semblent toujours trop avancées. Les cours sont terminés et ça fait une bonne demie-heure que tu rumines mordicus dans le froid des escaliers, niant superbement l’imminence de la montagne de boulot qui t’attend en vue des examens de fin d’année, et ignorant les actuelles occupations de tes connaissances. Tu suspends ton bercement le temps de fouiller en vain les poches magiquement élargies de ta cape et de ta jupe, à la recherche d’une cigarette. Au lieu de cela, tu déniches la dépouille d’un origami passé au lavage, quelques noises, deux ou trois bonbons mentholés et de la poussière.

Tu te laisses théâtralement glisser contre le mur, rien que pour ton plaisir et allonges tes jambes devant toi, le dos courbé, les bras oubliés, un peu comme un jouet désarticulé. Tu prends un de tes ongles à l’assaut, du bout de tes dents puis, une fois le carnage accompli, tu t’immobilises pour t’assurer d’être seule, et de pouvoir le demeurer. Tu te penches pour t’emparer de ta boîte. Pas celle du cadavre batracien, que tu as depuis dûment défait de son baptême, non : l’autre, la terrible, la volumineuse. Tu la poses sur tes cuisses, mains de part et d’autre du couvercle. C’est une boîte à chaussures, tout ce qu’il y a de plus simple, du moins en apparence. Quelque part, elle te terrifie, sorte de monstrueux mastodonte du passé, encombrante et troublante à souhait. Tu en tapotes méthodiquement la tranche et le couvercle s’envole brusquement, libérant un tourbillon de poussière et boules de papier miniatures. Comme pour te signifier son mécontentement de ne pas avoir été ouverte plus tôt, un des funestes projectiles vient percuter ton œil. Alors sans plus d’hésitation, tu lèves la boîte et en renverses hargneusement une partie du contenu - principalement des liasses de feuilles et de clichés magiques - sur les plis de ta jupe. Tu constates le carnage, râtelant tes cheveux de tes deux mains puis procèdes en te saisissant une à une des pièces à conviction. Origamis en tous genres, photos plus ou moins compromettantes, plus ou moins réussies, en compagnie ou non d’amis, visages et personnes que tu envies au possible, lettres à l’encre tellement délavée qu’il ne s’en échappe que des figures et murmures malingres. Les incoercibles et sulfureux sourires d’Adélice. Ceux, larges et effervescents, de Juniper. Les grandiloquentes et énigmatiques bravades de Cole. Là, des cousins qui ont tout l’air de réciter le Pater Noster en espérant être délivrés du mal que tu es. Les exploits de Parfait. Toi qui tires encore et toujours la gueule derrière tes aises feintes. Une lettre douce égarée, datant de la jeunesse de tes parents. Et c’est comme du chocolat, comme des nymphes, comme des hampes, du mercure, des cendres le tout s’enchevêtrant joyeusement sans sens aucun puisque ça n’en ressent pas le besoin. Le tout fuyant, se désagrégeant entre tes doigts profanes et indignes. Et quand il n’y en a plus tu en veux encore. Tu t’affoles, fourrages entre les chiffons de papier, abandonnes l’oreille à ces chuchotis sibyllins, les lèvres tremblantes. Et quand tu t’en sors enfin, tu te sens comme échappée de tes draps, après un rêve sordide ou un ébat. Nauséeuse, tu décolles de ta main gauche une photo un peu trop humide et adhésive et t’appuies sur ta main droite pour te relever, t’époussetant pour faire tomber les monceaux de papier. Tu fouilles une nouvelle fois frénétiquement tes poches, dans l’espoir qu’une cigarette s’y soit miraculeusement matérialisée entre-temps. Peine perdue. Mais qu’est-ce que tu fous vraiment, au juste ?

Tu enjambes la petite marre d’effets qui s’est formée à tes pieds et ramasses la boîte d’allumettes dans laquelle gît le défunt amphibien. Tu déambules doucement devant la croisée en gratifiant l’objet de tapotements intermittents et tu sursautes en entendant des pas dans l’escalier. Tu jettes un rapide et circulaire coup d’œil sur la scène de crime, frigorifiée, tes mains s’ouvrant et se refermant contre tes flancs, puis sors de l’alcôve pour te pencher avec empressement par-dessus la rambarde. Les lèvres étirées, tu reconnais la silhouette longiligne et l’allure désabusée. Une salve de toux t’échappe tandis que tu te rassieds sur une marche de l’escalier, en attendant Cole. Pas que tu aies à craindre quelque jugement que ce soit de ce dernier, tu t’interposes tout de même inconsciemment entre lui et le petit chaos que tu as perpétré dans l’alcôve. Tu baisses le regard sur la boîte d’allumettes que tu serres toujours dans ta main et il te vient une idée susceptible de résoudre au moins l’un de tes tracas, et de faire une heureuse, qui plus est. Une fois qu’il est à ta hauteur, tu lèves à nouveau les yeux.

- Salut, hasardes-tu d’un ton que tu veux flegmatique. Tiens, cadeau pour ta bestiole. C’est bientôt Noël, ajoutes-tu en lui tendant la petite sépulture improvisée avec un sourire espiègle.

Tu ne sais pas trop si l’araignée en question a le gabarit pour engloutir une grenouille entière, mais tu te dis qu’au besoin, elle pourra être réduite plus encore qu'elle ne l'est déjà. Tu te relèves sur tes rotules transies par le froid, peut-être dans une tentative vaine de supérer Cole, du haut de ta marche. Tu grimaces cependant et t’enquiers, mendiante que tu es :

- Ah ! Et t'aurais pas une petite cigarette ?
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Re: Unforeseen || ft. Cole
21.12.16 17:08

Tu vas glisser. Avant d’être à ta place. Une fausse famille nombreuse qui se compte sur les dix doigts de la main à grand coup de sourire royalement faussé par des conventions sociales régit par une broderie sur un uniforme scolaire sans forme. Dédaigneux. Le silence est un oubli quand le seul raisonnement de tes pas écrasaient les quelques assoupissements des spacieux panoramas vivants. Un vaste sol toujours incertain pour l’homme qui poussa sur un terrain vague. Le jet de pierre soulage quand la teinture de la vie en rose tourne en noir. Tu marches, tu tournes, tu divagues, tu tentes de vivre pour pas grand chose. Un terrain en pente alors qu’ils pensent tous avoir un terrain d’attente. Reniflant dans une grimace face à l’enfer qui se marre, tu te dirigeais sans trop savoir pourquoi vers la chambre des lions aux crocs aux feuilles d’or. Tu te sentais salement à l’écart comme un chrétien d’Orient.

Tu pourrais, pourtant, apprécié cette période de l’année. Comme à l’accoutumé, c’était le moment pour certains de pouvoir vivre à travers quelques cadeaux. Vendre son âme pour un billet devenait finalement une monnaie courante. Un marché de Noel qui se faisait bouffer par les télévisions HD. Sauf que toi, Noel, ça te collait une foutue boule au ventre. L’argent. Toujours l’argent. Et qui disait source monétaire annonçait forcément cadeaux. Chose que tu ne savais pas tellement faire. Non par manque d’idée mais plutôt par manque de pognon. Moldus ou non. Les cas étaient similaires. Comme un enfant apeuré, tu fermes les yeux. Suppliant que la période des fêtes se clos au plus vite et que les gens retournent peu à peu à leur gueguerre inutile. Que le bal de Noel s’évapore face à la vision du temps des tombes. Esquive donc la banquise de la norme, vise un jour d’automne.

L’amour et l’art sont morts. Vive le roi dans sa plus grande superbe. Tu voulais être seul. Tu voulais te foutre sous ta couette et grommeler contre le système et contre ton père. Ça ne fera jamais bouger les choses mais c’était une espèce de logique que tu appliquais à chaque période de l’année. Baisse donc la tête et grimpe encore et encore les escaliers. Quelques coups de coudes non volontaires à certaines maisons. Un hochement de tête sans faire attention à quelques connaissances. Tu connaissais l’état de tes comptes et dans ta grande superbe, tu avais mis en place quelques festivités monétaires pour certaines personnes. Ça foutait ton compte toujours plus dans le rouge mais l’aiguille tourne. Entre coeur froid et carotte, pas besoin que la neige tombe. Tu préférais les cendres de proche.

Duveteuse sur ton épaule, cette dernière grommelait de légers sons stridents face aux contacts humains un peu trop violents. Tu pouvais sentir ses nombreuses sphères oculaires sur ta petite personne. Orage d’or contre une morsure d’animosité d’une bestiole qui répugnait beaucoup. Tu ne comprenais pas bien pourquoi mais que cela ne tienne, cette petite chose magique avait pris soin de te suivre. Certains chevauchaient bien des dragons, chose hautement plus dangereuses et blasphématoire au sein de la chaine alimentaire, pourtant on en disait mot. Clos face à l’absurdité de la masse. Aucune liberté offerte pour une liberté achetée. Pourquoi offrir l’autonomie à une créature qu’on avait acheté ? Alors on possédait tous plus ou moins des créatures. Plus ou moins moches. Plus ou moins à l’image des humains. Plus ou moins commanditaires. Grotesque. Burlesque. Risible et vaine face à des morceaux de somnifères asociaux. Tu n’avais rien appris de nouveau entre le silex et le zippo.

Tu étais aussi malsain que l’ensemble de Pigalle. Une espèce de quartier de Paris, parait-il. Intérieurement, tu maudissais l’école. Autant d’étages par jour, pas besoin de faire du sport. Mais ne parle pas de révolution lorsque tu commandes à un fast-food. Le petit anarchiste que tu étais, déjà fatigué par quelques marches en marbre ? La révolution allait être somptueuse. Éclatante. Fastueuse. Presque, luxueuse lorsqu’on voyait que ton cerveau était simplement une partie infime de ton être. Le monde avait ses règles, et toi, tu étais sa lingette hygiénique. Intime. À l’antipode des démons qui pactisent, tu étais un firmament au grès d’une étoile solaire. Prendre une pause, souffler un bon goût et grogner de ne pas être chez les Serpentards. Eux, au moins, il avait le mérite de ne pas devoir faire sept putains d’étages pour se foutre dans leur lit. Joie et bonheur. Fainéantise et complaisance dans ta gestation. Déviance. Consomme. Mange. Refuse les équilibres. La liberté est l’esclavage selon certains. Allez, grimpe et arrête de faire ton chieur à penser de la philosophie à deux balles que la moitié des professeurs ne pigent même pas. Les mains dans ta robe, tu farfouillais dans ce que tu possédais. Pas grand chose comme ce que tu avais dans la caboche. Pas étonnant, tu étais H24 ce que les gens nommaient avec plus ou moins d’habilité « un touriste ». Tu revenais de la ville, faire faire deux trois bricoles pour passer plus ou moins le temps. Certains préféraient la chaleur de l’immense bibliothèque, T’avais les poches un peu pleines. Pleines de merde et de babioles. Voué à crever, reste donc dans un bac sans tendre la joue. Allez, c’est bientôt la fin. Grimpe encore un peu et aperçoit une silhouette singulière. Tu ressens un très léger poids en moins lorsque Duveteuse, ta bestiole lève ces quelques pattes avants, poussant de nouveau un bruissement inaudible pour beaucoup vers la direction de ce fantôme du passé, du présent et du futur.  

Dorothea.

Tu restes un peu à l’écart, la regardant avec plus ou moins d’interrogation. Que foutait-elle ici ? Jeune Serpentarde, elle pouvait avoir quelques ennuis avec certains Rouges un peu trop à cheval avec les escarmouches napoléoniennes entre maisons. Tu regardes la petite boite. Sans la prendre directement. Oui, c’était bien Noel. Merci du rappel, Miss. Ce n’était pas obligatoire mais à croire qu’il allait être impossible d’empêcher ces blablas sociaux. Sans expression, tu ne réagis pas durant quelques secondes, l’observant. Toujours ce même air un peu paumé sur les bords. Fragile mais puissante. Une espèce de poupée Russe sur pattes qui déambulaient à l’aide de fils de marionnettes. Alors tu attrapes à l’aide d’une certaine douceur la sommaire tabatière. Poids léger. Poids moyen. Sourcil arqué, tu l’ouvres avec la même délicatesse.

Mes sincères condoléances, Dorothea. 

Puis tu rigoles. Quelque chose de léger à l’arrière goût de Noel. Sifflotant un bruissement bien particulier, l’araignée arpenta ton bras puis ta main avant d’émettre un léger saut sur la boite puis un second saut pour atterrir contre Dorothea, venant jusqu’à se frotter contre sa main en guise de remerciement. Elle était plutôt intelligente pour une araignée magique. Sa fourrure particulière contre la peau presque ivoire de la demoiselle. Puis te te ressaisi.

Oh, ouais attends je dois avoir ça dans l’une de mes poches.

Tu farfouilles longuement dans les longues poches de ta robe trainante. Le paquet. Le paquet. Tu attrapes autre chose, quelque chose qui se chiffonne plus ou moins sous la puissance de ton acte. C’est vrai. Ce truc. Tu ne pensais pas l’avoir sur toi mais.
Farfouille de nouveau et garde sous le coude l’autre objet.

Ah voilà.  

Tu extirpes une cigarette de ton propre paquet noirâtre avant de le tendre vers la demoiselle à la longue crinière goudronneuse. Au même moment, ton animal de compagnie retourna sur ton épaule, regardant avidement la petite boitelle que tu avais mise sur le côté. Peut-être pas pour tout de suite, pas devant son ancien propriétaire.

J’ai… aussi un truc pour toi. Pour Noel. Gnagnangna, les cadeaux c’est chiant. Je sais.  

Puis tu sors à ton tour une très légère boite au papier cadeau chiffonné, au noeud presque défait par le bordel de tes poches et surtout par ta foutue incompétence. D’une dimension légère, il s’agissait d’une boite à bijoux dans lequel se trouvait un collier léger et discret dont le pendentif circulaire s’ouvrait en deux. À l’intérieur se trouvait une photo animée de Cole et Dorothea, dans leur jeunesse plus légère. Un Cole presque sans tatouage. Une Dorothea peut-être moins sombre ?

Fais en ce que tu veux, hein ! Ouvre le maintenant, à Noel, au Nouvel an ou même brûle le. C’est pas grand chose, ça m’faisait juste un peu plaisir.  

Silence.
Malaise de ta part.
Tu tousses.

T’as du feu, sinon ?  
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Re: Unforeseen || ft. Cole
22.12.16 15:32

Partiellement remise de tes émotions, tu décores tes lèvres d’un sourire malingre, impur, inapproprié dans les circonstances et pour la mémoire de ce qui était autrefois Boadicea, tandis que tu observes les doigts leptosomes s’affairant pour ouvrir la petite boîte. Ces mêmes mains que tu as vu commettre tant de maux que de biens, battre les épidermes, rouler les cibiches avec art, assortir les rythmes, les subversions et les paroles véhémentes. Tu baisses pudiquement et promptement tes yeux sur tes propres mains abîmées, tes doigts atrophiés, tes peaux et ongles rongés, ces plaies qui te piquent et t’élancent à longueur de journée, comme autant de piqûres de rappel, d’injonctions à reprendre le chemin de tes sombres recoins. Tes mains, protagonistes de jamais plus que d’hypocrites bassesses, d’un pathologique conformisme, de misérables et incurablement petits gestes. Ces mains que tu punis légitimement dès que l’occasion se présente.

Les sympathies de Cole te tirent de ta maussade contemplation, tu le regardes théâtralement par-dessous tes cils et tes lèvres s’étirent de plus belle à l’entente de son éclat de rire. Parce que quelque part, sous le monticule d’égoïsme qui s’est amassé derrière tes côtes grêles et cendreuses, tu aimes à ce que Cole rie et sourie par ta cause, à toi et toi seule. Parce que tu ne seras jamais plus qu’un écho.

- À charge de revanche, mmh ? Tu surenchéris, l’air taquin.

Tu penses, étrangement amusée, que le jour viendrait peut-être où le cadavre de Duveteuse finirait à son tour entre les crocs de ton prochain animal.

Ton attention est une nouvelle fois déviée lorsque une petite forme noire montée sur huit pattes vient s’échouer nerveusement sur ta main. Tu sursautes et manques de retirer vivement cette dernière avant de reconnaître l’araignée de ton ami. Tu rapproches ta main occupée de ton buste et, en saisissant une des pattes velues et craintives, tu te demandes quand tu t’y habitueras enfin. La bestiole, malgré quelques mouvements appréhensifs, se laisse manier assez docilement et, tandis que Cole étudie ses poches, tu la laisses se balader entre tes deux mains. Elle est légère, plus encore que ne l’était Boadicea. Mais cette dernière n’en aurait pas moins tout à lui envier ; l’araignée semble douée d’une forme d’intelligence particulière, comme tu peux le constater tandis qu’elle remonte sur l’épaule de son maître. Et tu te demandes si les légendes de secondes vies et de réincarnations sont si invraisemblables que cela. Tu te dis que Duveteuse, reposée au creux de l’épaule de Cole, aurait tout aussi bien pu être une de ces tendres dames qui aimaient à ressourcer leur bonheur lovées dans le cou de leurs amants. Tu te surprends à l’envier, à parcourir des yeux la peau et le col de ton ami et ton regard ne s’en défait que lorsque la cigarette s’introduit dans ton champ de vision. Tu t’en saisis, silencieuse, nullement mortifiée par tes pensées éhontées et y pends ton regard mécanique, la faisant rouler entre ton pouce et ton index avant d’à nouveau regarder Cole lorsqu’il allègue qu’il a pour toi un cadeau. Cette attention t'étonne et, admets-le, t’enchante un peu alors tu t’empresses de te baisser et de coincer ta cigarette dans une de tes bottines, contre ta cheville, afin de t’emparer du présent. 

Pourtant touchée par cette attention, tu n’écoutes que d’une oreille distraite les explications de Cole tandis que tu déchires hâtivement le papier, l’enfonçant ensuite dans une de tes poches pour attentivement étudier la petite boîte avant de l’ouvrir. Et puis ton regard arpente le pendentif, le matériau joliment sculpté, que tu viens plus tard caresser de ton auriculaire. Tu t’amarres à la matière, Dorothea, et entrouvres le cylindre pour découvrir cette petite réminiscence de jours malheureusement, dirait-on, trop lointains. Les deux visages poupins que tu peines à reconnaître alors que tu les aimes et abhorres tant, respectivement: ils pourraient tout aussi bien être bariolés d’un trait de peinture disgracieux. Les cabrioles insoucieuses, peu inquiétées par la perspective d’un futur où elles n’auraient plus lieu d’être. Tu en oublies la présence du Cole et de la Dorothea du jour présent. Tu veux saisir ces deux visages entre tes mains, agripper leur peau et leur signifier à quel point leur joie t’inspire tout à la fois une liesse insupportable, une haine inépuisable et un chagrin inconsolable. Tes yeux restent désespérément secs, mais quand tu relèves le regard vers Cole c’est un murmure ému, une prière, une lancinante supplique qui s’échappe de tes lèvres et vient interrompre sa dernière demande:

- Merci, Cole.

Ta voix dérape et te fait faux bond tandis que ton regard, insatiable calomniateur de tes paroles, tente de percer la cornée de ces yeux noirs pour y lire tout et rien à la fois. Alors, troublée tu t’avances doucement et viens glisser ta main sous le bras de ce dernier, l’entourant délicatement pour ne pas déstabiliser Duveteuse, laissant glisser tes doigts tremblants contre son dos. Et là, Dorothea, joue et oreille contre son cœur, le regard fixé sur le pendentif dans sa boîte, n’est-ce pas encore un de tes incessants manèges, un de tes stratagèmes pour tout mettre à l’épreuve ? À la recherche de quelque battement traitre et défaillant, tous tes sens sont déployés. Mais tu n’entends et ne sens que les nerfs et la chair, rien de plus que le bouillonnement du sang, fleuve rouge intarissable, rien de plus que les assourdissants battements de ton propre cœur. Alors, défaitiste, tu t’écartes au bout de quelques secondes seulement, le regard toujours absorbé par le pendentif, intraitable scientifique. Ta main est la dernière à quitter Cole puis tu t’échappes, te défiles en direction de l’alcôve. Tu sors le pendentif de son écrin, le lèves à la lumière et à la hauteur de tes yeux puis l’ouvres pour l’attacher non sans peine autour de ton cou frêle. Sans cesser d’avancer, tu sautilles ensuite sur un pied pour récupérer la cigarette au coin de ta cheville, manquant de tomber. Tu te refuses à enjoindre ou même encourager Cole à t’emboîter le pas, car tu t’imagines à quel point il abhorre les injonctions, que vos vies foisonnent déjà d’assez d’ordres et de prescriptions comme ça et que, dépouillés de tous vos artifices, il ne vous reste que votre libre-arbitre.

Voilà que tu foules les photos et lettres que tu étreignais tout à l’heure, Dorothea. C’est encore ton conformisme incurable qui t’empêche de les gratifier d’un coup de pied comme tu le ferais dans un tas de feuilles mortes et de hurler des abominations pour te libérer de cette léthargie qui te tient sous son joug momentané. Tu te permets cependant d’ouvrir la croisée sans ménagement aucun, te blessant le dos de la main dans le procédé. Tu extirpes maladroitement ta baguette de ta cape et, la cigarette entre les lèvres, tu murmures un “incendio” désarticulé, sans te soucier de ce qu’un professeur pourrait tout à fait passer par là et te prendre la main dans le sac, pour y faire naître des braises. La bouffée est exutoire, apaisant quelque peu ton incompréhensible animosité. Coupable, tu te tournes à nouveau vers Cole, le regard désolé et interrogateur. Tu tends ta baguette dans sa direction, pour allumer à son tour sa cigarette. Et puis tu te souviens. Tu te rappelles qu’au-delà de ton égoïsme omniprésent Cole a peut-être ses propres tracas, que contrairement à ce qu’avance la légende communément admise, Noël n’est pas fontaine d’allégresse pour tout le monde. Alors tu fronces les sourcils et t’enquiers, tremblante:

- Tu vas bien ?
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Re: Unforeseen || ft. Cole
22.12.16 19:16

Est-tu morte ? Es-tu morte de peur par leur faute ? Par leur connerie et par leur animosité animale ? Similaire à une danseuse biblique, elle se pose, une odeur qui hante un mort. Elle mordait par son réalisme. Rase toi donc la tête à grand coup de féminisme avancé et de contrefaçon historique. Tu étais solitaire. Elle était solitaire. Vous êtes solidaires. À votre façon. Mais, aujourd’hui, cette espèce de chaleur qui manque de politesse t’arracha un mauvais battement de coeur. Une âpre émotion que tu affouillais plus ou moins au plus profond de ta propre poupée de cire. Ta petite gueule dans le miroir avait de la tristesse à revendre. Il y avait une forme d’évasion dans ce geste, le regard glaçon, la main glacée. Tes yeux imbibés de docilité et de  bienveillance nous racontent tes cauchemars.

C’est la déprime qui a griffé ton corps qui te rend irrésistible, tu le sais ?  

Tu émets un deuxième rire, second, teinté non pas de l’odeur des fêtes mais bien de dureté et de délicatesse face à un sentiment que tu avais du mal à percevoir réellement. La seule prison que tu connaissais était cérébrale. Alors tu la serres dans tes bras. Entourant avec presque appréhension un frêle corps d’ivoire aux courbes et aux maux physiques ; aux nuances mornes et tortueuses. Une tâche d’encre qui viendrait pourrir le linceul opalescent, voilà comment tu percevais Dorothea. Une séduction défectueuse qui dérange par son air un peu boiteux et ses démangeaisons. C’était ça, que tu aimais chez elle. Par une nuit endiablée par l’ivresse, tu aurais pu comprendre. Mais arrête donc de réfléchir et profite de l’instant présent et serre ce moineau à l’aile cassé entre tes encres et ta chaire blafarde.

Elle se sépare de toi, et, le temps dans ses grands voeux décide de reprendre le cours de sa vie. Tu idolâtres l’insomnie. Gardant ce moment au sein de ton épiderme, presque encré comme un tatouage au sein de ton encéphale. À trop penser à mourir, tu avais l’impression de pourrir. Un moment qui allait finir poussière, être son pire ennemi. Tu croyais aux moments de bonheur comme celui-ci, aux enfants qui chialent pour vivre, au bienfait de la cigarette après le repas du soir. Une larme comme un requiem. Comme une absence. Comme un abandon. Tes deux sphères oculaires nerveuses se transposent vers la nouvelle position de la Jaconde macadomisée. La faible lumière de l’Hiver amène une fausse chaleur digne d’une punition, comme un ciel noir. Ce genre de plan un peu stéréotypé où un faisceaux de lumière transperce un mauvais couloir nègre, subissant les aléas de la bourgeoisie. Un sourire bâtard dans une envie de néant, tu grimpes quelques marches, laissant une distance de sécurité à l’Oeuvre.

Des montagnes de rien. Des montagnes à gravir sans lune ni soleil. Des fusées dans la tronche et un coeur en vitrine, reluqué par des antiques méandres, parfois même humains. Puis, tu remarques les effets personnels de la demoiselle. Contre ce terrain poussiéreux, sans âme, foulé chaque jour par des centaines et des centaines d’étudiants. Toutefois, ton attention se reporte immédiatement lorsque tu vois les deux mains de la sorcière mettre en place ta crédule décoration ostentatoire. Cela avait l’air de lui plaire, du moins, tu l’espérais. Idolâtre les gens cultivés et fait sauter ses barrières et les frontières sociales. Mettre le fond et la forme dans le fond. Tu l’observes mais tu n’approches pas. Non par envie. Non par flemme. Non par convention sociale. Simplement parce que. Parfois tu savais freiné de quatre bords même si tu étais un vélo sans frein. La clope au bec, tu t’amuserais presque de la situation à la voir en galère après un moment que tu ne saurais décrire toi-même. Bien sûr que vous vous étiez déjà élancer - et encore - mais ce moment avait un autre goût. Et tu refusais de croire qu’il s’agissait de Noel, ça te ferait bien trop vomir. De son silence, tu étais perdant. Des anges dans un monde aéré, regarde donc les rides de ta jeunesse à travers des grands miroirs lumineux des couloirs. À travers cette plaque de verre transparente que sont les imposantes fondations de cette foutue école.

Finalement tu lorgnes de tes pas un peu plus la distance qui vous sépare, évitant de marcher sur le bordel ambulant contre le sol. Alors que tu reportes ton attention individuelle et exclusive vers le centre de la conversation, une lame de sensation s’écrasa contre ton museau : Le froid. Hiémal et prééminent, le vent apparaissant sous la libération de l’antique croisée. Quelques secondes après, ton enveloppe corporelle s’habituant à peine aux températures d’Hiver, une légère gerbe de feu-follet apparait sous ton nez presque déjà sanguin. Remerciant d’un hochement de tête Dorothea, tu vomis. Tu vomis la première fumerolle grisâtre, s’évaporant au delà du couloir, parfois dehors. Tu allais mourir de cette merde, tu le savais. À l’âge de 27 ans.

Et toi ?  

Esquive donc la question, abaisse toi et regarde le bordel contre le canton de l’élévation brutale. Dorothea, être bordélique. Tu attrapes quelques broutilles au hasard, plus par honte d’être curieux que par courtoisie de vouloir ramasser son bordel. Tu ne relèves pas immédiatement les yeux vers elle, ton tube de nicotine, au coin de tes deux commissures sèches, s’évaporant, la cendre grandissante peu à peu. Tu tombes sur quelques photographies qui ne te parlent pas tellement, un sourire s’étire vaguement en percevant un cliché légèrement compromettant de la libellule. Comme quoi. Puis change, avant d’émettre une légère grimace à la vue d’un prénom que tu n’appréciais guère ; Parfait. Oh, parfaitement débectant. Tu te relèves alors, lâchant contre le sol les quelques pièces à conviction que tu avais patinée de ta bêtise et de ta haine. Peut-être aussi de ta jalousie maladive ?

J’ai juste envie qu’on soit à la nouvelle année, j’aime pas trop Noel. C’est une sale ambiance chaque année à la baraque, deux cadeaux qui s’courent après et un paquet de pâtes ouvert avec une sauce tomate industrielle comme repas. Pas que ça m’foute le cafard mais bon. Puis mon père va encore me faire chier avec les dépenses mensuelles liées à l’école, donc j’ai pas trop envie de le voir si c’est pour qu’il hurle sur moi.  

Tu te rapproches de la croisée, jetant ton escarbille de poussière enflammé par dessus les étages, au gré du pestilentiel vent d’Hiver. Passant ta main sur ton visage, comme si une fatigue mentale te parcourait le crâne au simple fait d’y penser. De penser à toute cette merde ambiante. Tu soupirais.

J’pense que je vais rester à Poudlard cette année pour les vacances de Noel. Ça va faire de la peine à ma mère mais elle comprendra sûrement. J’envenime le drame par la haine et la tragédie, donc autant que je reste dans mon coin le soir de Noel…  

Capture avec une tendresse maladive le léger ornement de l’estudiantine, effleurant son épiderme saccagé de tes doigts, le soulevant avec légèreté.

Puis je préfère faire des cadeaux à des gens qui me sont vraiment chers.  

Rire.
Lâche prise.
Change de sujet.
Ça devient malsain.

Je suppose que tu rentres dans ton petit bled, toi ?  
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Re: Unforeseen || ft. Cole
02.01.17 18:40

Lux pas Chouette


Lux a fini d'inspecter la majeure partie des couloirs et contente elle entame le tour du septième étage avec un petit sourire. ... Sourire qui bientôt se transforme en une grimace horrifiée ! « Dorothea Mancer et Cole K. Hautomn ! Que pensez-vous faire avec des cigarettes dans vos bouches ?? -20 points à chacun !! » Furieuse elle s'approche et attrape de ses serres les deux terribles : « Si je repasse dans dix minutes et que je vous vois à nouveau en train de fumer... HOuhoOUHouhou !! Houhou !! » Et la voilà qui disparait, se dirigeant vers les toilettes pour y jeter les deux cigarettes encore fumantes.

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Re: Unforeseen || ft. Cole
06.01.17 13:45

Et toi ?

Une fois l’ignominieuse et carcinogène instigatrice allumée, tu abaisses ton bras et gratifies Cole d’une grimace peu crédule et guère convaincue par la vile esquive — n’en déplaise à l’attachement que tu lui portes. Bientôt pourtant, tu te retrouves avec pour seule béquille une subite, burlesque et familière introversion. “Et toi ?” … C’est que tu es si facilement ébranlée; l’espace d’un instant comme tant d’autres “Dorothea Mancer” n’est ni plus ni moins qu’un no man’s land, paria de ses sens et de sa conscience, en définitive troublée par le revers qui lui a été adressé. Qui est-elle ? Comment se porte-t-elle, vraiment ? Tu l’observes, emmitouflée dans ton cocon d’huile noire et filandreuse, arrimée au contour de la fenêtre. D’au-dessus de sa caboche incertaine, elle est une éternelle énigme malgré les œillades hargneuses, calculatrices et impitoyables que tu lui adresses. Elle te révulse et te terrifie, elle et ses immondes chimères, les sols imbibés de pétrole et de sang, les visages tuméfiés par le temps, les douteuses silhouettes convulsées, les spasmes qui meublent et hantent ses songes. Pourtant, là, défaite de ton examen parcimonieux, elle n’est rien de plus qu’une ébauche hasardée et hasardeuse, qu’une pacotille de chair et d’os, qu’une poussière qui se balade au gré des malices et du vent. Bredouille, tu finis par la réintégrer, parce que “Dorothea Mancer”, si vide, si creuse, ne peut réfréner son abjecte propension à tout ramener à elle, dans ses vaines tentatives d’assouvir son manque de tout. Le froid te mord à nouveau impunément le visage et tu te réchauffes rêveusement la gorge au feu de ta cigarette, oubliée la vague réponse que tu prévoyais d’adresser à ce bourreau, qui n’a, tu l’espères et le crains tout à la fois, pas l’intention de l’être, et que tu chéris. 

Tu le trouves accroupi, en colon indésiré quoique désirable, auprès de ces débris du passé que tu as tantôt délaissés. La gêne que cela te coûte peine à se laisser écarter. En fébrile et anxieuse argonaute, de tes yeux tant acérés qu’égarés, tu effleures ce visage anguleux, à la recherche, tous azimut, de rien d’autre que de l’incompréhension. Quelque signe qui puisse t’inciter à t’abaisser, toi aussi, à délicatement lui substituer ces stigmates et ces caresses toutes de papier, si nécessaire en détachant ses doigts un à un, et à les lui découvrir toi-même. Par enthousiasme, par honte ou par envie. Ainsi peut-être récupérerais-tu quelques affluents d’attention, de ce fleuve dont tu n’arriveras jamais à saisir rien de plus que de maigres filons intermittents. Agripper son visage et son regard, ne jamais en démordre. Peut-être parviendrais-tu encore par un autre biais à recouvrer ta mainmise sur ces lettres et ces clichés, abandons infortunés, autel délaissé. Tu voudrais éventuellement refaire tout ce petit monde sous ses yeux, aussi malaisés tes doigts soient-ils. Ne serait-ce que pour y ajouter un peu de tes propres couleurs, bien que mornes et assommantes, pour en poudrer et en vêtir ces figures déjà pâlies par le regard nouveau et par l’adamantine machine. Peut-être pour prouver que tu tiens plus à ces effets que quiconque, que ces derniers te pardonnent ton récent accès de mépris, alors que tu les étreignais si amoureusement un peu auparavant.

Jalouser des morceaux de papier… Tu en as bientôt un sourcil qui se hausse, les lèvres pincées en une ébauche de sourire, d’une calme résignation et les yeux à nouveau timorés, tandis que tu médites sur ta cigarette. Ce n’est pas l’émotion qui meut ces figures, elles n’ont pas besoin d’être convaincues de ta dignité. Tu es leur seule et unique souveraine, elles sont ton seul et unique empire. Resterait à en convaincre Cole. Tu voudrais donner le change en lançant quelque chose, une ou deux banalités, n’importe quoi, comme un verbal et insouciant revers de main, peut-être léger et insolent, une sottise, de quoi balayer ton malaise. Non. Ça n’ira pas. Tu tournes à nouveau le visage vers la croisée, tournée de moitié et pourtant lasse de ces incessants pis-allers que tu ne sauras jamais outrepasser. À nouveau, tes yeux se perdent dans l’empyrée glacial, auquel se mêlent tes erratiques volutes de souffle. Toujours cet équilibre précaire, aussi incertain que la perdurance de ces bourgeons prématurés, dont l’hiver, de ses bourrasques glacées, cherche à chasser les balbutiements.

Après quelques fasciculations et soupirs indécis, une nouvelle fortune vient régaler tes cupides pensées. Quelques tracas que Cole te livre tout entiers à l’instant, semblerait-il. Un festin pour la truande que tu es. Déjà anxieuse, tu t’en empares des maxillaires estropiées de ta pensée, à l’image de tes mains qui triturent ta cigarette. Tu t’affaires à décortiquer cette matière brute, à la délayer dans tes propres afflictions, à greffer absurdement les unes aux autres. Tout cela dans le secret de ton esprit. Les soucis les plus étrangers te sont autant de splendides et légitimes aubaines pour alimenter ta propre peine, la gonfler comme on gonfle les chiffres d'une affaire pour tromper une mine d’or peu regardante. Un beau gâchis, diront les plus avares, parce que tu abhorres les éventuels élans de compassion inutiles (encore faudrait-il qu'on te pense véritablement digne de ceux-ci) que pourrait t'attirer un tel dolorisme, s'il venait un jour à être décelé. Alors tant que tu ne poursuis pas quelque sombre dessein exigeant le recours au faux et à l'usage de faux pour obtenir la faveur des ingénus, tu préfères t'atrophier seule et dissimulée, avilie par ton défaitisme et ton apitoiement constants.

Et, là où personne ne peut rien te reprocher, tu prononces ton abusif et prétentieux verdict. Armée de ces afféteries qui te pétrissent, tu te dis que Cole est diablement las et amer. Une étrange empathie que voilà. Essai, Sérénade ou roman factice à quatre mains, à l’insu de la source, plagiat et affront éhontés à l’homérique, constante et authentique subversion qui suinte de chacun des pores de ton ami. Tandis qu’il s’approche, tu affubles ton visage de la même mine grave et déconfite qu’arborent les médecins avant de prononcer une sentence déplaisante. Ton abattement - un abattement qu’il ne t’appartient pas de cultiver - s’édulcore d’une drôle de curiosité que ton regard ne parvient pas à maquiller. Tu t’obstines vainement à suivre les layons de sa pensée. Vainement parce, tu n’as toi-même jamais échappé aux Noël en famille et ne t’en es jamais plainte, galvanisée par l’enthousiasme ambiant et les attentions dédiées par et à chacun. Vainement aussi parce que tu as beau pouvoir te targuer de bien connaître Cole, il te faudra toujours trop de répit pour lui répondre et, si nécéssaire, l’égayer.

Reste que cela te trouble, toi qui es habituée et t'entêtes à ne retenir que la robustesse de cœur dont Cole sait faire preuve. Et malgré ta puérile et fervente espérance d'être le cœur de son attention en cet instant, tu sens qu'il t'échappe une fois encore. Tu ne sais comment réagir, tu devrais compatir, mais tu ne constates que ton désarmement et ton indigne mutisme comme pales reflets à cet élan d'honnêteté. Un peu comme si les molécules de papier, de cendres et de mercure derrière lesquelles vous vous abritez étaient subitement poinçonnées d’une inaptitude sans commune mesure.

Le drame, la haine, la tragédie. En voilà, de remarquables mots. Après tout, n’est-ce pas là l’essence même des plus belles œuvres qu’a connues l’histoire ? De quoi détonner au milieu de trivialités de toute évidence assommantes aux yeux de Cole. C’est d’une ébauche de sourire amusé, moqueur, même, que tu réponds à ces grandiloquences. Tu t’apprêtes à y assortir quelque plaisanterie consolatrice qui se serait faite trop attendre, mais les doigts autour de ton nouveau pendentif te prennent de cours. Le sourire se fait fier et les pommettes, rosées tandis que tu élèves ta propre main, comme tu l’aurais fait, petite, pour contempler un curieux scarabée. À l’entente de l’allusive formule, tu rapproches ton front et baisses à ton tour le regard sur le tendre présent serti de ces doigts longilignes, et peut-être y a-t-il là un peu empressement pour dissimuler ton visage bigrement troublé.

Identique à l’injonction exsudée par un claquement de doigts, Cole s’écarte à nouveau, et tu l’imites, remplaçant ses doigts par les tiens sur le pendentif. Avoue que tu es ne serait-ce qu’un peu piquée par son allusion à tes prévisions pour la période des vacances ainsi qu’à la bravade adressée à ton “bled”. Tu accuses le coup et t’appuies à nouveau sur le rebord de la croisée. Au creux de ton coude et dans la manche de ta cape, tu marmonnes, fallacieusement renfrognée:

Mon “petit bled” va très bien, je te remercie !

Puis tu tournes la tête pour guetter sa réaction, le sourire fier et hardi, le menton haussé. Tu te laisses le temps d’une courte réflexion avant d’ajouter :

Non, cette année, je crois que je vais rester par ici aussi, pour Noël. Il faudra quand même que je rentre pour deux, trois jours à un moment ou un autre, mais je suppose qu’on pourrait bouder Noël ensemble ?

Le sourire sur le point de s’élargir est interrompu par un familier, bruyant et furibond battement d’aile au-dessus de vos têtes. Aussitôt, tu te retrouves privée de ta cigarette, substituée par les serres affûtées de votre Lux internationale à tous. Une fois les menaces proférées et la terrible envolée, tu te tournes à nouveau vers Cole, une grimace tant gênée que moqueuse au visage. Il faut dire que vous l’avez connue plus laxiste, la grande chouette de Poudlard; les récents évènements semblent l’avoir rendue encore plus aigrie et tyrannique qu’elle ne l’était auparavant.

Cole Kyle Hautomn, décidément, vous êtes une très mauvaise fréquentation ! Déclames-tu, taquine, sentencieuse et locataire éphémère de la voix criarde de Lux.

Puis tu reprends ton sérieux et t’enquiers, l’air de rien, fictivement nonchalante et reportant ton regard sur les dehors enneigés:

Au fait, tu as l’intention d’aller au bal pour le nouvel an ?
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Re: Unforeseen || ft. Cole
09.01.17 0:59

En y réfléchissant un minimum, votre rencontre depuis plusieurs années n’était que force primaire de l’éducation et des problèmes adolescents qui amènent à plusieurs choix sociaux en fonction des affinités. C’était une petite mort à grand coup de grosse bedaine de quarantenaire. C’était pas forcément beau à voir comme amitié mais au moins, ça avait le mérite d’être un exercice physique assez impressionnant. Et ça fonctionnait plus ou moins bien. Parfois. Entre tes ongles crasseux et l’alcool un peu trop fort pour sa gorge. Explosif ? Non. Lumineux et doré, en s’y approchant de trop près, il y avait des chances de prendre quelques coups de soleil. Braque les éléphants roses durant ton safari. Mauvaise métaphore baladeuse d’un geste humide de tes propres commissures sanguines en regardant la demoiselle à l’allure déchanté, dénaturée.

Elle paraissait heureuse aujourd’hui. Un peu plus que d’habitude ? Sûrement pas par ton intervention. Une nuit éternelle. Qu’importe ce que vous faites. Tu ne demandais pas tant plus. Pas tant mieux. Kidnapping comme Hadès au sein de ses propres abysses. Être bien heureux durant quelques perses secondes, un bref moment de solitude à deux, à déglutir dans un souffle chaud contre une nuque que tu habillais à ta propre convenance de tes doigts encrassés par la haine et le refus d’être véritablement heureux. Faire la belle. Une écume au bord des lèvres, un sourire dans le regard, un éclat de rire aux creux de ses reins, tu ne quémandais pas tant que ça. Peut-être bien certains instants de suspension. Une nuit hardcore dans une salle vide, le temps du cours, tu arrêtes le cours du temps en sa compagnie, dans une obscurité éternelle.

Une invitation. La vie était belle dans cette ruelle obscure dont le vent d’Hiver parfumé à la vaporeuse fumée grisâtre arrivait presque à te rendre envieux du monde lambda. L’histoire des vainqueurs n’était qu’un mauvais moment à s’faire. Un univers en copie alors que tu gerbais presque sur le sang du Christ et des conifères de la nouvelle année. Objectivement, l’idée d’être avec Dorothea était loin d’être émétique.  Bien au contraire, cela t’apportait presque un semblant de chaleur. De cordialité. La fin d’année était un terrain vague et tu n’aimais pas évolué en terrain inconnu, nerveuses étaient tes terminaisons. Un avenir à deux aussi incertain qu’une dernière marche d’escalier dans un couloir éteint. Tu allais répliquer, acceptant l’offre lorsqu’un oiseau magique vint faire grincer tes deux cavités auditives. Lux. Cette espèce de saloperie qui se torchait au bar du coin à grand coup de graines pour piaf et d’eau de feu. La sentence ne te faisait ni chaud ni froid, mais la frustration de ne pas avoir pu finir ta cigarette te chauffa rapidement le sang dans un bougonnement des plus enfantins.

Quelle chieuse… 

Remboursant tes rêves jusqu’à ton décès, la colombe t’arracha un léger sourire au sein de sa plus belle parodie. La situation était ironique, c’était elle qui avait quémandé une cigarette. Mandant de la nicotine pour un plaisir éphémère. Toi, tu étais ce jeune pubère bien droit dans tes bottes en cuir un peu usées par le crachin acide et les flaques de boue. Elle, incarnait la décadence. Toi, incarnait la prudence et l’omniscience. Ironie de se perdre dans la mauvaise humeur. Une collaboration pour un système de ping-pong solitaire. Alors tu te permets de prendre un peu plus de place concernant la croisée ouverte. Te mettre finalement plus à l’aise tandis que l’odeur de cendre  disparaissait peu à peu. Tes deux sphères oculaires venaient s’écraser peu à peu contre chaque fragments de l’épiderme albâtre de la jouvencelle. Se surprendre à se mordre la lèvre inférieure dans un cliquetis mécanique alors que tes doigts tapotaient contre un mur un peu trop antique à ton humble goût. Te perdre dans des cumulus de pensées, à croire et à penser, te visualisant dans un presque palais aux différents degré d’émotions, reine des effluves et des pensées adultes  

Puis, quelque chose te frappa. Cette foutue interrogation. Le bal. Ce fameux bal de fin d’année. Apparement, l’évènement avait lieu au sein de ce qu’on nommait « Le château de l’Hiver ». Tu avais déjà eu l’occasion d’y foutre les pieds. En effet, à l’époque où tu avais encore du fric. De la belle monnaie pour des beaux gens. Des costumes cumulants le PIB du Mali accompagnés de verre en cristal qu’un juif n’oserai même pas mettre sous sa kippa. Qui disait bal, disait cavalière. Qui disait cavalière, disait femme. Qui disait femme, ne disait pas complication mais plutôt démarche. Le genre de voûte sociale que tu n’aimais pas vraiment faire. Le genre de balourdise que tu n’idolâtrais plus. Tu savais une seule et unique chose : Tu allais reconnaitre des gens que tu ne voulais plus revoir. L’idée de cette merde te fila une sueur frigide et olympienne qui s’agrippa à chaque vertèbre de ta colonne, déchirante. Mauvaise. Énervante. Tu croisas les bras, la mine presque boudeuse.

Bonne question, Miss. 

Objectivement, tu pencherais plus pour la négative. Tu n’avais personne. Tu n’avais plus ton statut social et surtout tu n’aimais toujours pas les fêtes de fin d’année. Alors être étriqué en costume à 1000 boules le temps d’une soirée ? Cela faisait bien longtemps que tu avais échangé ce déguisement pour un t-shirt un peu trop grand pour ta taille accompagné d’une écriture obscure, d’un morne short déchiré un peu partout et d’une paire de sneakers défoncées. Le genre de dégaine patibulaire qui te saillait plus ou moins bien. Comme un taureau.  Alors forcément, le retour en arrière allait faire mal au postérieur. Absurde voire dangereux d’y revenir. Seul. Avoir un pilier de soutien contre cette masse grouillante, un repère à travers cette brume de luxure et d’avidité. Une loupiote dansante dans un feu-follet de défectueuse admiration face à maints diplômes et promotions communautaires, anthropologiques voire même intimes. Tu poussas un maigre soupir face à des souvenirs brouillés et des infanticides titulaires. Reportant ton lourd regard sur ton interlocutrice, cette fine poupée de malheur qui t’apportait un maigre bonheur. Presque un fondement voire une justification de lever tes fesses tatouées hors de tes dortoirs sanguins et or. Tu allais un peu loin. Concentre-toi.

Pour toute réponse, tu haussas les épaules. C’était ni oui, ni non. C’était peut-être. Sûrement. Avec un peu de chance. Dorothea, tu l’imaginais déjà dans une grande robe de princesse de dessin animé, de nombreux prétendants à ses pieds. Et surtout, au bras du Parfait. Du Parfait Prince avec son air arrogant de vieux shlag. Grinçant des dents presque jaunâtres, tu fermas peu à peu les paupières avant de lâcher dans un murmure.

Cette question me casse les couilles. 

Sûrement point le meilleur prisme pour exprimer de vive voix ton opinion sur le sujet. Sûrement point le meilleur prisme pour continuer ta conversation avec ton amie. Sûrement point le meilleur prisme pour mettre à l’aise une personne. Sûrement point. Sûrement la plus belle des conneries à faire. Alors tu te tournes. Dos à la demoiselle, les bras contre la fenêtre observant les étendues de l’administration. Le plus discrètement possible, tu tires un nouveau baton de mort de ton étui, l’allume. À ce moment-ci, tu ne penses pas réellement à Lux. Tu ne penses pas réellement à Dorothea. Et même si tu sais que cette foutue chouette allait finir pas te foutre en conseil des sorciers ou une connerie comme ça, tu t’en contrebalançait avec la plus grande des politesses. Alors que l’odeur te trahissait, tu fermais de nouveaux les yeux.

Non j’irais sûrement pas. Je n’ai pas envie d’envier les autres. Je n’ai pas envie de revivre mon passé et encore moins de construire mon futur seul lorsqu’on annoncera mon nom solitaire, j’avance vers un mur, une jalousie acerbe, la colère et le silence si j’y vais. 

Tu marques une légère pose, clope au bec.

Puis j’ai pas envie de te voir là-bas. 

Pincement de lèvres.

Au bras d’un autre. 

Il faut du courage pour se la fermer.
Crier, c’est plus facile à faire.
Tu es une maladie, Cole.
Tu es un homme maladivement possessif, Cole.
Possessif envers des choses qui ne t’appartiennent pas.
Envers une chose.
Une personne.
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Re: Unforeseen || ft. Cole
26.01.17 19:52

Du coin de l’œil, tu surprends une nouvelle cigarette échappée de la poche de ton camarade - chose qui ne te viendrais pas si prestement à l’idée après le courroux du tyran ailé. Tu souris en dépit du soudain renfrognement dont ta question est la fatidique instigatrice. Rien de plus qu’une turpide goutte d’huile venue troubler une eau cristalline. Tu l’as posée comme elle s’est instillée à ton esprit: une invitation tremblante et poudrée d’un frêle semblant d’indifférence, et tu n’en es que peu désolée; l’étrange ingénuité que sous-entend la réponse à celle-ci t’agace tout autant que la perspective de devoir t’expliciter plus amplement, t’épancher sur des affects dont l’opacité apparente ne t’octroie rien de plus qu’une insipide amertume. Sans doute te serais-tu d’ordinaire félicitée de l’efficience de ta cachette, sans doute aussi es-tu déjà arrivée à bout de ta maigre patience, ridicule flammèche trop vite consumée.

Tes mains et tes coudes sur le rebord de la fenêtre viennent soutenir ton menton tandis que ton regard de biais remonte incognito, frivole papillon ou calme oiseau pourtant, de la cigarette jusqu’au visage admirable. Il se pend aux lèvres dont tu bois distraitement les paroles, puis contre le renflement de ces paupières closes, le temps d’une seconde. L’inquisition n’est ni interrompue ni détournée lorsque les yeux d’obsidienne se dévoilent à nouveau. Un ongle pourtant nerveux et impatient paré d’une nonchalance maigrement feinte vient simplement écailler la peinture déjà bien abîmée du cadre de la croisée. Tes iris, eux, éternels impatientés, s’attachent à rester perçants - un clignement tout au plus - porteurs d’une évidence que vous, l’un comme l’autre, peinez décidément à saisir. Tu changes de jambe d’appui, peu apte à contenir cette impatience grimpante, impatience qui trouve son paroxysme dans le reproche éhonté qui t’est adressé. Et comme pour appuyer la sentence, tu te blesses l’ongle sur le bois écaillé. Tu sursautes, t’accordes un maigre répit pour examiner le corps étranger logé dans ta peau. Finalement tu retires l’écharde, irritée et grimaçante.

Sans doute aurait-il été plus salubre et aisé de proposer un entraînement de quidditch en fin de journée, simple prétexte pour être seuls, seuls à deux. Troquer une fastueuse soirée contre un humble après-midi, sans la moindre ambivalence. Oui mais voilà, le mal est fait, tu as froid et il reste pourtant encore tout à faire. Quelques frissons te secouent et ton bras s’élève aussitôt pour refermer ton pan de fenêtre. Ta main et ton regard s’attardent là, enserrant la poignée, tous deux échasses de tes pensées. Alors tu tournes sur un talon et te glisses - te réfugies, vraiment - avec empressement auprès de Cole, sous son bras le plus proche que tu laisses retomber sur tes épaules. Et là, réfugiée au creux de cette aile puissante quoiqu’invisible, tu dérobes la cigarette et la chaleur à leur propriétaire. On ne saurait dire alors si tu cherches à apaiser ou bien à attiser ses inquiétudes, à te défaire du langoureux malêtre qui t’a été - inconsciemment peut-être; toute entière à ton ressentiment tu ne saurais en être certaine - insufflé par ces derniers reproches, en le faisant déteindre sur ton voisin. Tu voles une mince bouffée de fumée dont tu te défais peu après, sur le côté, résistant à grand-peine de l’en gratifier, lui, puisque vous baignez tous deux déjà dedans. Tu savoures et cultives secrètement un maigre silence non mérité mais peines à contenir cet élan de hardiesse verbale à venir, élan qui te picote désormais, un peu comme la peau à vif qui cerne chacun de tes ongles. Cela n’aura duré que quelques modiques minutes; incommodée par ton propre mutisme et ton désemparement, tu rends sa cigarette à Cole et tu t’écartes à nouveau, laissant avec un certain empressement ces morceaux de toi et d’eux te happer à nouveau. Échec, abduction.

Abandonnée à ta gêne, tu ne parviens pas à reconnaître comme tiennes les inscriptions ainsi que les clichés éparpillés à tes pieds. Tu t’abaisses pour les ramasser et les entasses à la hâte dans leur boîte, distraite par les mouvements entêtants des figures, les réflexions s’enchaînant tout aussi follement dans ton esprit. Difficile de construire un empire sur du verre brisé. Tu refermes la boîte avec un soupir puis te relèves en l’appuyant de tes deux mains contre tes cuisses. La fin d’une ère. Et tout ton être se tourne et tend alors vers les escaliers, tant et si bien que tu te hausses sur la pointe de tes bottines en leur direction. Ce serait si simple de feindre la vexation et de les dévaler sans un dernier mot, jouer la fille de l'air. Marches fermes et monotones, immuables balustrades sous tes mains; sous tes pieds, même, si d’aventure tu en avais l’audace. Un soupir et puis tu laisses enfin s’échapper du bout des lèvres cet oiseau de malheur, jusqu’alors retenu par la fierté de sa geôlière, un rien du tout livré à ton hyperbole chronique, une note impropre dérapant sur une touche de piano, tout au plus :

- Et si on y allait ensemble, à ce fichu bal ?

Le ton est bougon, défiant, le regard, fuyant, mais tu tournes bientôt sur tes talons et tes lèvres s’étirent, révélant un sourire gamin et indiscret, un peu comme s’il s’agissait là d’une mauvaise blague dont tu voudrais jauger l’effet. Assurance recouvrée. Tu t’approches, te fais menace et ne t’arrêtes qu’une fois que la boîte entre vous ne soit l’unique obstacle. Tu lèves alors le menton et laisses ton regard, un brin lascif, se prélasser et se régaler des reliefs du visage de ton camarade. Et il n’y a pas plus sérieux visage que le tien lorsque tu t’enquiers:

- Alors ? Qu’est-ce que t’en dis ?
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