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Just a song before i go [Darwin]

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Just a song before i go [Darwin]
07.06.16 23:47



just a song before i go
Rosabel & Darwin
Sa silhouette arpentait rarement la bibliothèque, et souvent lorsqu’elle avait besoin de documents, elle se contentait de se faire envoyer des livres provenant directement de la bibliothèque de sa famille. Nombre de Northrop s’était intéressé à ce qu’elle étudiait aujourd’hui et les ouvrages sur la question ne manquaient pas. Elle trouvait toute sorte de choses, et bien suffisamment pour qu’elle puisse se passer de la bibliothèque de Poudlard, en règle générale. Mais et surtout parce que ses incessants claquements de talons n’étaient pas les bienvenus, elle ne supportait plus tous ces shh, bruitage intempestif, ni même la voix du bibliothécaire qu’il lui semblait toujours avoir sur le dos. Rosabel Northrop, même en n’ouvrant pas la bouche, était trop exaspérante pour la solennité des lieux.

Aussi avait-elle choisi le déclin du jour, où les silhouettes défilent et passent, happées par la presque heure du dîner, une douche pour certains. Puis, le coucher de soleil rendait les étagères sinistres, dans une pénombre qui glissait lentement, crépusculaire sur le dos des épais grimoires.

Elle n’avait pas tout à fait quitté un rayon, son dos s’était laissé aller doucement contre une étagère, droite encore, un livre qu’elle tenait à bout de doigts. Un geste de la tête dans sa direction, ses cheveux passant par-dessus ses épaules, plongeant une partie de son visage dans la pénombre, laissant visible une joue un peu pâle, son teint un peu froid, un œil.
Elle songeait à lui quelque fois, c’était toujours très furtif, elle n’était pas de cette nostalgie. Pourtant, quand bien même ses pensées ainsi tournées vers lui pouvaient être brèves, elles n’en restaient pas moins d’une intensité peu commune, une plaie un peu vive que le temps n’aurait pas cicatrisé, pas tout à fait, pas complètement. Elle s’en rendait compte en l’observant encore. Ce n’était pas tant les souvenirs qui lui revenaient, Rosabel y était de fait assez peu accrochée. Non. C’était seulement lui, son être, à la fois si proche et si lointain. C'était une habitude qui s'était perdue en chemin, celle de se voir, celle de se parler. La route s'était craquelée, donnant soudain naissance à une deuxième voie qu'il avait été le seul à emprunter; elle-même entêtée sur la première, et si les virages comme celui de ce soir permettaient parfois de s'entrevoir, de se sentir, les routes ne se rejoignaient jamais. Et tout dans cette attitude semblait dire c'est ainsi

Ce soir encore, il n'y avait pas de raison pour eux.
Alors elle ne parcourrait pas ces quelques pas, se contenterait une fois de plus de rester là, sans même chercher à se dissimuler, sans même chercher à détourner le visage, simplement à le regarder. Elle ne le jugeait pas, ne détaillait pas, mais ne se perdait pas non plus dans une contemplation vague et émotive, mais restait cependant d'une attention particulière, dans une attente. Elle l'observait souvent, et peut-être s'en rendait-il compte, et peut-être ne comprenait-il pas, pour ce qu'elle savait, pour le temps qui s'était écoulé. Sa mémoire s'était imprégnée de ses traits, de ce physique. Sans surprise. Un autre lui aurait semblé banal à sa place, peut-être l'était-il, mais les gens avaient de particulier que, une fois rentrés dans votre vie, ils se paraient soudain d'une saveur toute particulière. Darwin n'avait pas perdu la sienne.
Lorsqu'elle le regardait, c'était avec l'impression d'avoir perdu quelque chose, et la sensation non pas étrange sinon fatidique qu'elle ne le retrouverait pas.

Rosabel était restée de cette tranquille immobilité, dans cette envie bien présente qu'elle ne pouvait pas nier mais à laquelle elle ne pouvait pas non plus céder, celle de le rejoindre. Elle avait détourné un instant le regard, avait fermé les yeux, le temps pour un fin sourire de naître, coincé entre deux rangées de livres. Et de ses lèvres s'était échappé un murmure qui avait couru entre les rayons, dérangeant la poussière, dérangeant le silence.

_ Se connaît-on encore, Darwin.
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Re: Just a song before i go [Darwin]
10.07.16 1:07


« Quiconque aurait vu Darwin aurait juré qu’il était concentré, une fois de plus plongé dans des cours que trop compliqués; aux tournures de phrases toutes aussi loufoques qu’interminables. Mais il était juste absent, las de cette journée s’éternisant; de ce soleil tardant à disparaitre — de ces rayons rougeoyant tout contre les pages qu’il tournait bien trop lentement. Combien d’heures avait-il passé à mémoriser les termes, à déchiffrer les cas judiciaires ? Son poignet encore souffrait des pages écrites, des brouillons noircis d’encre et des titres soignés. Quand s’arrêterait cet apprentissage ? Quand le laisserait-on pratiquer ? Aimait-il réellement apprendre ? Était-il sincèrement heureux de sa condition d’étudiant ? De sa capacité à comprendre, puis à retranscrire; ré-expliquer ?

Il se sentait si perdu, pourtant; si insignifiant. N’était qu’un garçon parmi tant d’autres, qu’une tache se prétendant être différente — mais se laissant aller au gré du courant. Cherchait-il à être maitre de sa vie, où avait-il décidé que quelque chose de bien plus puissant le guiderait ? Que sa destiné, sa fatalité; oui, se chargerait de le trouver ? Enfin. Il était de ces soirées ou le blond serdaigle ne croyait plus en rien, ni en l’humanité; ni en ses propres capacités. Aussi restait-il là, figé, noyé par l’ennui; dévoré par le désintérêt.

Ainsi se retrouvait-il face à lui-même, au bord du précipice. Ses pensées s’emmêlaient distraitement, alors que sa moue impassible dissimulait une guerre existentielle. Qui était-il ? Qui se trouvait vraiment sous le masque de Darwin James Moore ? Pourquoi son épouventard n’avait-il pas de forme ? Était-il l’originel, le tout puissant ? Avait-il peur de la peur elle-même ? De ce frisson, de cette sueur tout contre sa nuque ? Peur de se perdre, de ne plus être personne qu’une sensation floue; égarée et usée par le temps, par les gens ? Sa gentillesse n’était-elle que façade, ou était-elle bien réelle ?

Lui-même ne savait plus, avec le temps. Était entré dans un tel déni de l’être et de l’espoir qu’il naviguait à vue, se ressentant sans ressentir; s’imaginant sans plus se connaitre. Il avait bien trop peur d’être réduit à un corps, à des adjectifs — n’osait plus se décrire. Préférait rester dans cette hésitation permanente, dans cette anesthésie de l’âme. Le spontané était devenu sa façon d’exister la plus concrète, et sous ce style de vie; sous ce manque de temps perpétuel, il n’avait plus à ressasser toutes ces questions.

N’avait pas à se souvenir des regards des autres, des incompréhensions; n’avait plus à se remettre en question. Son père lui avait toujours dit, qu’il voyait le monde de manière multipolaire — mais que l’univers était peuplé d’individu unipolaire. Qu’il était difficile de percevoir pour les autres quelque chose d’autre que le noir ou le blanc; que le bon et le mal. Qu’il semblait impossible que quelqu'un soit meilleur, plus beau; plus intelligent. Qu’il fallait que ce soit soi, le plus resplendissant.

Mais Darwin, lui, n’avait jamais cherché à l’être. Il n’avait pas demandé, naissant; à devenir roi et empereur des merveilles. Avec le temps désirait-il ce genre de choses ? Voulait-il être reconnu, aimé ? S’imaginait-il dans une position dorée, sorti de l’école ? Voulait-il le confort, une bonne paie ? Sans doute. Était-ce normal ? Hm, lui seul pourrait trouver réponse à cette question. Savait juste qu’il était ce qu’il était, et que rien n’y changerait. Qu’il ne regrettait, d’ailleurs; pas ses pensées ni sa stature. Il était reconnaissant de ce que ses parents avaient créé, et de l’éducation qu'ils lui avaient donné. Il n’était pas que lui, compreniez-vous, mais aussi le produit de centaines d’influences; le mélange d’espoirs et d’attentes, de mots et songes. Il était une personne vouée à être, changeant pour mieux s’incarner. Et il ne voulait pas retourner en arrière, se réduire pour plaire; disparaitre pour combler. Il ne désirait qu’exister. Lui, lui Darwin J. Moore — lui différent.

Il avait assez donné, n’était pas assez bon pour se supprimer.
Ne désirait pas se vouer à l’échec, pour être accepté. Il ne se souciait plus des autres, plus de rien — se contentait de vivre le jour puis le lendemain. De sourire à ceux restant là à ses côtés sans qu’il comprenne très bien. Se contentait de se dire qu’il y aurait aujourd’hui puis demain; qu’il y aurait la vie puis le rien. Enfin. Rosabel Northrop était là.

Il avait senti sa présence avant même de l’entendre, avait vécu sa personne comme on sent les doigts frais de quelques plaisantins tout contre ses yeux. Avait su qu’elle était là, oui, et que bientôt elle parlerait — qu’elle ne ferait pas que de le dévisager, accoudée à il ne savait trop quoi. Car tout chez elle était si spécial, son arrivée étant à jamais un changement d’atmosphère; une façon de marcher bien particulière. Il aurait pu avoir les yeux fermés que cela n’aurait rien changé, l’aurait reconnue même aveugle; à la simple entente de ses pas, de ses talons claquant tout contre le sol.

Elle était de ceux s’incarnant plus que ne se vivant.
Aussi ses yeux à lui étaient-ils venus rencontrer les siens à elle, dans un mouvement lent; innocent. Il y avait eu cette absence de toute pensée pour une seconde durant, ce geste presque mécanique; spontané. Il y avait eu ce semblant d’habitude, oui, quoique encore trop décontenancé. Il l’avait dévisagée, hésitant.

L’avait écoutée, avait voulu répondre presque directement.
Aurait souhaité lui dire : moi, te je connais encore; mais s’était muré dans le silence, trop dans la peur de déranger, de concrétiser. Trop dans l’angoisse de créer quelque chose qu’il ne pourrait par la suite supporter. Car il y avait ce monde de douceur, cet intérêt un peu étrange, un peu fragile. Car il y avait cette affection bancale qu’éprouvait Darwin envers Rosabel — cette vision bien trop sincère de sa personne. Il l’imaginait comme on rêvait un femme. Non pas celle que l’on voulait embrasser, serrer tout contre soi et faire sienne : mais celle que l’on voulait apprendre à aimer. Une femme n’en étant pas une, une femme amie; placide — une femme avec laquelle il pourrait réinventer le rien. Platonisme

Il respectait Rosabel tout autant qu’il pouvait se passer d’elle. Combien de mois, depuis leur dernière conversation ? Il était entré dans sa vie comme elle était sortie de la sienne : sans heurt. Des fois le blond se réveillait en se demandant si tout n’avait été qu’un rêve, si la grossesse de la serpentarde et de leurs moments partagés; presque intimes, n’avaient été qu’une folle illusion — qu’un instant de démence. Puis il se rappelait, oui; en la voyant passer dans les couloirs à quel point il était idiot.

Darwin n’attendait rien de celle lui faisant face, pas même un regard; pas même un sourire. Il ne se sentait obligé d’aucun mot; mais ne pouvait s’empêcher de se sentir à l’aise. Elle était en un sens de ces existences propices à la confidence, et peut-être était-il fou de penser ainsi. Tant de personnes dévisageaient demoiselle Northrop comme si elle était responsable des malheurs du monde. Tant de rumeurs, oui; tournaient autours d’elle et de sa personne. Était-elle donc si importante ? Si menaçante ? Était-elle si encline à détruire les vies, à la haine et aux débauches ?

Lui ne voyait que Rosabel.
Qu’un prénom, qu’un visage; qu’une couleur sur ses lèvres et un reflet dans ses yeux. Il ne voyait qu’une énième facette de la vie, de l’humanité. Ne voyait qu’un corps vivant, respirant — et ne savait plus quoi en faire. Car n’espérait rien des autres, pas même l’amour, pas même l’attention.

« Nous sommes-nous seulement connus un jour, Rosabel. » avait-il finalement laissé tomber de son ton gris, de ce visage muet au regard vague. Pouvons-nous prétendre à nous connaitre ? Eux semblant si inconnus l’un de l’autre, si voués au passé; au futur avorté. « Moi, j’aime croire que oui. » Et il y avait eu ce petit quelque chose de pétillant, d’innocent; ce visage coulant tout contre sa main, coude sur la table. Ses yeux bleus étaient venus effleurer comparses, glissant puis restant. Contraste si frappant, entre ce clair dévisageant ce sombre; cette immensité de brun, de noir.

Il avait souri, aussi.
Simplement.

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Re: Just a song before i go [Darwin]
12.07.16 23:08



just a song before i go
Rosabel & Darwin
« Nous sommes-nous seulement connus un jour, Rosabel. »  Les autres auraient répondu que non ; mais qu’en savaient-ils ? Ils n’étaient pas là il y a deux ans, seul Darwin avait été présent, seul Darwin avait compté. Durant neuf longs mois, neuf longs mois de rien pour certains, neuf mois de toute une existence dans son cas.
Et elle s’était demandé, Rosabel, si Darwin avait déjà oublié, si cela n’avait bouleversé seulement qu’elle, si elle avait été la seule à espérer, à ne se contenter que de lui, et de ce passage à vide qui s’éternisait depuis deux ans, de trop, d’un tout, d’un pas assez, et Darwin qui n’était plus dedans, et la vie qui s’écoulait en l’abandonnant sur un côté.  
Et cette existence dont elle se lassait parfois, et la folie de sa jeunesse qui ressurgissait soudain, pour le pire peut-être, et cette beauté dont elle contemplait parfois le reflet, cette beauté figée pour laquelle elle n’avait plus d’intérêt, dont elle n’aurait su que faire sinon l’entretenir pour l'amour et la sauvegarde des apparences ; et on aurait pu affirmer encore que Rosabel serait toujours restée belle, qu’elle le deviendrait plus encore dans quarante ans, que les premières rides seraient douces sur son front, qu’elle serait encore de cette saveur particulière et froide, qu’elle ferait même pâlir de jalousie encore les filles de vingt ans, de cette beauté terne mais saisissante.

Mais il y avait cette interrogation qui demeurait toujours, qui lui encombrait encore l’esprit ; qui avait vraiment connu qui ? Et Darwin semblait si loin tout en se trouvant si près, dans cette existence un peu étrange. Quelle idée, d’avoir mis au monde un Darwin, quelle brillante idée. Un Darwin. Ca tenait du mirage, d’une brume, d’un brouillard, d’un nuage. Alors son sourire s’était fait tendresse, ce sourire qui l'était pourtant si peu, cette assurance toute apaisée qui ne l’était pourtant jamais, cette froideur que le soleil couchant avait réussi à réchauffer, d’un mince rayon sur sa joue, d’un rayon bleu comme les yeux de Darwin sur sa peau, dans l’ombre de ses iris, avait éclairé l’absence de lumière. Et la jeune fille plus en joie de 17 ans, plus vivante, moins ombragée, était furtivement réapparue, avait eu l'unique privilège de renaître une nouvelle fois, comme cela n'arrive cependant jamais dans une vie entière.

Tu crois que l’on se connait, tu aimes y croire, mais tu es pourtant bien le seul à connaître, regarde Darwin comme la plus infime des distances nous sépare, une table, une table Darwin et je ne te connais pas, vois comme Poudlard est silencieux, vois comme il se tait vois comme la solitude pourtant m’empêche encore de te rejoindre, vois Darwin comme une table devient un mur, un pont, un rempart à dépasser, vois ma silhouette égarée qui sait tout juste distinguer la tienne comme un fantôme du passé, comme une vieille histoire qu’on aurait oublié de consigner, vois comme même le temps est indifférent au chevauchement de nos deux existences, vois comme la vie elle-même peine à nous pousser l’un vers l’autre, vois comme tu n’existes plus que dans un souvenir. Et quel beau souvenir tu fais, Darwin.  

Et soudain, d'un battement de cils, la jeune fille se soustrait, à un regard, à une entité, et les livres tombent de sa main, dans ce vacarme interdit, dans cette défiance, dans cette prétention, leur agonie raisonne d'une étagère à une autre, mais la coupable est déjà partie dans sa cruelle indifférence.

On s'ouvre au silence.
On souffre en silence.

_ Tu aimes croire que tu me connais Darwin, mais aimes-tu ce que tu connais ?

Alors plus loin un livre tombe encore, ici c'est un oeil brun, qui solitaire gagne en intensité, se dévoile puis se cache, là ce sont deux grimoires qui quittent leur piédestal au profit de la vision éthérée d'un coude, d'un bras replié, délicat, et puis il s'en va, là encore ce sont trois ouvrages qui chutent et c'est encore sa poitrine qui se dessine, une rondeur juste. Et ce sont des pièces qu'elle arrache de ce puzzle trop bien assemblé, ce sont les morceaux de l'Histoire qu'elle dérange, des parcelles d'une existence, derrière lesquelles elle apparaît encore, derrière lesquelles elle sourit encore.

Une chevelure flotte dans l'air et passe. La poussière s'est encore soulevée. On a creusé des trous de gruyère dans la Littérature. Et dans le vide, il y a un sourire taquin qui brille.

_ Ou est-ce que Darwin Moore a eu le temps en deux ans de devenir comme le reste du monde ?




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Re: Just a song before i go [Darwin]
18.08.16 20:34


« Rosabel comment pourrais-je ne pas t’aimer ? » avait souri Darwin, faisant se redresser du bout de ses doigts les livres éparpillés. Tu n’as pas besoin d’un tel acte pour me surprendre, pour m’agiter. Ne réaliserait-elle donc jamais ? Qu’avec elle il ne mentait ? Il se sentait si bien, si serein à ses côtés; ne pouvait s’empêcher de toujours la regarder. Même proie à la fatigue, même les yeux tombant et lourds d’ennui… il aurait fait un effort. Car elle était, oui; la femme de sa vie. Et il n’y avait là rien d’érotique, rien d’amoureux; aucune envie de venir l’embrasser, la protéger. Elle était juste Rosabel, celle femme forte et pourtant si fragile, comme prête à s’effondrer. Était-il donc le seul à le voir ? A voir dans ce regard ce gris si passé, si lassé ? Il aurait tant voulu qu’on lui offre le bonheur, lui ne se sentant pas de taille. Il ne serait à jamais qu’un ami, qu’un témoin — un simple admirateur. Et cela lui allait si bien, à lui dont on avait tout arraché, tout volé.

Darwin n’avait plus de coeur.
C’était à se demander, des fois; si il avait encore son âme. Peut-être était-elle encore là, tapie, dissimulée par les débris de sa vie. Artiste. A quand se relèverait-il, croirait-il de nouveau en les autres, en ce monde ? En cet univers si inapte à le voir, à l’accepter ? Quand recommencerait-il à rêver ? A s’incarner, oui; car n’était-ce pas ce qu’il était ? Un univers de douceur. « Deux ans, Rosabel; ce n’est rien. » Il avait alors semblé si triste, si prêt à s’écrouler. Car n’avait-il pas arrêté, oui; d’exister ? Pour lui le temps n’avait plus d’importance, les saveurs toutes ce goût fané, d’indifférence. « Tu le sais bien, pourtant. » Qu’avait-elle ressenti, vécu pendant ces milliers de jours, poignées de mois ? Avait-elle à ce point changé ? Lui se sentait toujours si Darwin, toujours si rien. Et il avait serré le poing, faisant ainsi se ranger les ouvrages qui étaient jusqu’alors restés en l’air. « Tu n’as pas besoin de déranger ainsi le monde qui t’entoure. Même sans créer de tempête, même sans l’atmosphère; je te verrai toujours. »

Car je te connais.
Car tu as percé ma carapace, car à tes côtés je me retrouve. Car dans ton reflet je vois le mien, et car ton existence me trouble. Car, oui; je me dis être ton ami. Mais toi, Rosabel; que penses-tu de moi ? Moi je pourrais tout accepter, passer ma vie à tes côtés. Te retrouver le jeudi ou même le vendredi, pour boire le thé. Je pourrais t’écouter des heures durant parler de ton mari, de cette façon qu’il aurait de te regarder sans pourtant jamais te voir. Je pourrais, aussi; poser mes yeux sur les photos de ta fille. Tu n’as pas de secret, pas pour moi. Tu n’as pas besoin d’être autre chose que Rosabel, comme Anton jamais n’aura besoin d’être différent. Toi comme lui, je vous accepte et je vous aime. Je vous souhaite le meilleur, je vous souhaite le monde : je vous souhaite cette vie, cette vie si remplie qui m’est étrangère. Donnez-moi un peu de temps, effleurez ma présence de quelques affections; de quelques tendresses égarées. Parlez-moi, écoutez-moi, ne m’oubliez pas. Je ne vous demande rien de plus, oui; laissez-moi me reposer sur vous. Laissez-moi vous donner ce peu de moi, ce peu de lumière qui brille encore. Rosabel, ah Rosabel. Cela fait deux ans mais ça ne me le semble pas. Cela aurait pu être hier, si on omet cette chose un peu changée, un peu mûrie sur ton visage. Tu as perdu en innocence, mais ce n’est pas grave; n’est-ce pas ? « Car nous sommes ainsi. Car j’aime, oui; j’aime me dire que nous sommes amis. » Et il s’était lancé, son regard plongeant en elle, un sourire quelque peu absent sur le visage. Darwin jamais ne réussirait à être saisi, car Darwin lui-même avait arrêté de se chercher. Il avait disparu de la surface, avait éclaté en une infinité de rien; s’était retrouvé morceau de D, bout de W.

Il n’était plus même un prénom, juste un ensemble de lettres.
Darwin, ô Darwin que t’es-tu fait ? Il n’en avait que faire, aimait son présent; son vide. Aimait cette scène s’étalant devant lui, cette Rosabel lui faisant face; cet Anton l’attendant. Il aimait sa routine et son futur, aimait ce minuscule dans lequel il évoluait. Lui si gros, lui si tout. Lui si oublié de sa propre personne. Enfin. La était un sujet bien épineux, bien trop sensible.

Là était Darwin.

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Re: Just a song before i go [Darwin]
04.09.16 17:06

Mais depuis quand Darwin, es-tu devenu aussi brillant. Et que reste-t-il de ce que tu étais il y a deux ans. Dis-moi que tu n’as pas changé, dis moi que tu es resté le même, souviens-toi tout de même.

Et sa silhouette s’était détachée, sur fond d’obscurité. Un soupir s’était échappé sur ses lèvres, enfui.

Comment peux-tu seulement envisager m’aimer.
Et comment les mots te viennent-ils si naturellement, si spontanément. Et que te dire, Darwin, que je ne pense pas au mot ami. Et que te dire, Darwin, sinon que tu me cabosses de quelque merveille qui me heurte et me chagrine. Sans doute l’avons-nous été, sans doute le sommes-nous encore, mais je ne sais plus, j’ai oublié, j’ai oublié ce que cela signifiait. J’ai oublié d’aimer. J’ai oublié d’aimer ma famille, toi aussi Darwin. J’ai oublié en deux ans, que le monde un jour avait été vif. Mais maintenant je le sais Darwin, je le sais, je le devine, que le monde est si gris. Le monde est aussi froid qu’une tasse de thé, aussi austère et aussi noir qu’un expresso corsé. Il n’y a pas de jus de fruits colorés pour les gens comme toi et moi Darwin, il n’y a que le souvenir de l’hiver, quelques boissons chaudes pour essayer de se réchauffer, de se brûler le gosier, pour trouver de la poésie dans les arbres nus, dans les feuilles desséchées, dans la neige aussi qui recouvre nos allées de milliers de petites gemmes qui marquent l’éphémère des empreintes de nos pieds. Le temps passe Darwin, alors ne m’en veux pas si j’ai l’impression qu’on a déréglé notre amitié. Et si nous étions une horloge arrêtée, et si nous aussi, on avait oublié de nous remonter.


« Deux ans, c’est une éternité. » avait-elle rétorqué, puisqu’elle se sentait vieille et fatiguée. Et puis elle était venue s’asseoir sur la chaise en face de lui, ses coudes avaient trouvé la table ; elle ne l’avait pas regardé de suite, son regard s’était perdu au-dessus de lui, sur le reflet du crépuscule, quelques tranches d’ouvrages mis en lumière sur les étagères derrière. Rosabel avait cessé de déranger l’espace, elle avait toute son attention. « Nous sommes seuls. » et c’était tombé un peu précipitamment, ça n’avait rien d’un constat dramatique, rien de trop égoïste, rien de rien. Juste l’impression que l’espace-temps leur appartenait, et que le monde derrière les portes closes, qu’on devinait vibrant derrière les fenêtres, n’existait bien que dans le reflet d’un ciel écarlate, le bleu et le rose du soir, l’arc en ciel de la fin du monde, le couchant qui disparaissait au loin et la pensée fragile et incertaine que peut-être il ne réapparaîtrait pas.

_ Il me convient de déranger le monde, pour lui faire savoir qu’il ne me convient pas. Voir ça ne suffit pas. Voir, ça ne veut rien dire. Mais je ne veux rien. Je ne veux rien car rien ne m’intéresse, rien ne me plait. J’ai beau regarder, je ne vois rien. Alors dis-moi, toi, ce que tu vois.

Et la dureté de ses traits s’était écrasée contre les siens, il y avait eu cette agitation trouble dans le fond de ses pupilles, dans un battement grondant. Sévère.

_ Je suis trop triste à aimer.

Et c’était là sa réalité, et c’était là ce qu’elle n’offrirait pas, n’avait d’ailleurs pas envie de s’offrir. Il faudrait être dans un formidable don de soi pour se donner, pour se laisser effleurer seulement l’organe du cœur. Rosabel avait préféré se coucher dessus, pour l’abîmer un peu plus, pour être sûre qu’il ne serait pas tenté de battre une fois encore la chamade.

_ Et tu m’es trop important pour que je puisse t’appeler mon ami.

Elle n’avait pas souri, les yeux fixant un point imprécis, quelques mèches blondes d’un œil discret peut-être, quelques livres étalés sur la table, quelque atmosphère autour de lui qui lui allait bien. Rosabel ne croyait pas en l’amitié, car elle croyait que l’amitié se perdait de vue, que l’amitié était un état sans force, que c’était aimer plus qu’un rien mais toujours moins qu’un tout. Il n’y avait ni passion. Il n’y avait qu’une illusion d’amour. L’amitié n’était pas assez totalitaire à son goût ; Rosabel aurait aimé une amitié dictatrice et exclusive. Darwin ne serait pas un ami, un titre qui n’avait de prestige que d’être commun à plusieurs autres individus. L’amitié était en voie d’extinction.

_ Raconte moi ta vie, Darwin, celle dans laquelle je ne suis pas, celle de ces deux ans. Celle où nous n’avons fait que nous regarder. Et ne me dis pas, que nous avons perdu notre temps à ne fixer que du vide.
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Re: Just a song before i go [Darwin]
09.10.16 17:51


« Si tu es trop triste à aimer Rosabel, moi que suis-je ? » avait souri Darwin, venant poser sa tête dans sa paume, coude sur la table. Et il se le demandait bien, lui si simple et si gris. Lui dont le bord des lèvres s’était fait un peu étrange, un peu mystère. Il était de ces hommes qu’on ne comprenait pas bien, trop doux puis trop secs : déjà loin. Il aimait le monde tout autant qu’il s’en fichait, se disait qu’il n’avait rien à perdre vu qu’il ne s’attendait à rien. Lui ne demandant plus que le présent, que ce qui lui était offert et déjà à ses côtés. Lui dont les yeux se perdaient si souvent dans le vide, lui contemplatif : lui témoin. Et il avait écouté Rosabel parler sans trop la regarder, de peur de la déranger. Il se sentait si étranger à ses propos, n’avait la force de la corriger; de lui dire que l’amitié pouvait-être fantastique et unique. N’avait la force d’intervenir car… Peut-être était-il du même avis, au fond.

Lui ne croyant en rien si ce n’était les actes, si ce n’était le corps d’un aimé restant sans disparaitre, sans le quitter. Et Anton aurait bien pu partir que Darwin n’aurait pas cillé, déjà préparé. Il s’imaginait faire sa vie avec lui, s’imaginait le rejoindre la nuit pour travailler un dossier particulièrement compliqué mais… Si cela n’était voué à se faire alors tant pis. Il n’était plus de ces guerriers aux espérances si grandes qu’elles en perçaient les cieux. Il n’était plus non de ces rêveurs aux envies si nombreuses qui lorsqu’elles éclataient se retrouvaient totalement brisés, à terre et piétinés. Il ne voulait pas ressentir, compreniez-vous : mais savait qu’en aimant Rosabel il ne risquait pas grand chose. Car il y avait cette certitude qu’elle comprendrait, cette admiration tamisée, ce respect floué et tout ce qu’elle incarnait. Rosabel était belle, forte et fragile; Rosabel était dépassée et pourtant terriblement à jour. Elle menait l’entreprise parentale comme nulle autre, avait un enfant et s’était séparée du parent. Elle était une entité si particulière qu’il semblait vain de lui mentir.

Et Darwin savait qu’elle l’accepterait, comme toujours elle l’avait fait. « Raconter ma vie n’a rien de fabuleux Rosabel, tu le sais n’est-ce pas ? » Et lui souriant tendrement il s’était redressé, quittant la table pour s’appuyer contre le dossier de sa chaise; la dévisageant : « Je ne suis pas de ces aventuriers qui partent à la conquête du monde et de ses mystères. Je ne suis pas de ces terribles semant le trouble, de ces crétins répandant le mal car ils s’ennuient. Je ne suis que Darwin et Darwin étudie. Il se lève au matin, entraine souvent Anton avec lui petit déjeuner. Des fois il va courir, aussi; fait le tour du terrain de quidditch autant de fois que ses jambes le lui permettent. Et tu sais j’aime sentir que mon corps fonctionne, cela me permet de me concentrer pour le rester de la journée. Qu’ai-je bien fait pendant deux ans, j’aurais aimé que tu me le dises. J’ai vécu, j’ai appris, j’ai étudié et approfondi. Je ne suis pas quelqu'un de passionnant, juste Darwin. Et Darwin pendant deux ans a vécu sans toi, Rosabel. » Peut-être sonnait-il pathétique, quoiqu’également absent, indifférent. Il était détaché de sa propre personne, n’aimait trop parler de lui car cela ne rimait à rien. Il était quelqu'un de secret dont les pensées affluaient sans jamais cesser, encombrant son esprit plus qu’il ne le voulait. Mais il lui était impossible de les partager, tant à peine arrivées elles fuyaient, remplacées par d’autres puis de nouvelles. Il avait la mémoire courte lorsqu’il s’agissait de lui, de ses sentiments et ambitions. « J’aime mieux parler du présent, quoique le futur ne me dérange vraiment. Mais le passé à ce petit goût de révolu qui me laisse toujours un peu amer, un peu gris. Je sais que je ne peux pas y revenir aussi je n’aime pas forcément trop m’y attarder. » Distrait il avait joint ses deux mains, finissant par lâcher : « Mais Rosabel nous avons toute la vie. On se fiche bien de ce que j’ai fait alors que tu n’étais pas là. Maintenant tu l’es, nous nos voyons et nous parlons : et tu sais j’aime me dire que cette réunion n’aura pas de fin. Bien sûr un jour viendra et nous mourrons, mais avant cela laisse-moi t’aimer et rester à tes côtés. Laisse-moi t’inviter à prendre le thé alors que nous aurons cinq ans de plus, et t’écouter comme j’ai toujours aimé le faire. » Et sa voix lente avait ce petit quelque chose de particulier, de si Darwin dans ses bons jours. Dans ceux où il n’avait pas à se mentir, dans ceux où il n’avait pas à se forcer à ressentir. Aussi restait-il dans ce gris, dans ce paisible; dans ces rayons tamisés qui lui correspondaient tant.

Il avait beaucoup parlé, et quelque peu fatigué par toute cette action; tous ces mots lancés il s’était tu, bien décidé à ne plus bouger avant qu’elle ne lui ait permis de se reposer. Toi Rosabel, raconte-moi. Tes rêves brisés, ton envie de ne plus aimer; raconte-moi ce que tu es, ce que tu penses. Raconte-moi la lassitude comme personne d’autre ne sait le faire. Quoique tu peux bien tout me dire, j’accepterai sans broncher; même si il s’agit de me critiquer et ne plus m’aimer.

Car ainsi va le monde : tout est voué à être.
Puis à disparaitre.

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Re: Just a song before i go [Darwin]
09.10.16 22:59

Elle ne savait pas ce qu’il était. Darwin n’était pas de ces existences merveilleuses qui vous faisaient basculer d’un pied dans une autre réalité. Il était exactement ce qu’il semblait ; terne. Et aucun autre ne lui aurait paru plus gris. Mais le plus étrange demeurait encore dans le fait que c’était dans les personnes telles que lui qu’elle se reconnaissait le plus. Darwin semblait voué à être. Et rien ne paraissait pouvoir l’empêcher de suivre son cours. Darwin s’écoulait comme les jours ; Douce et rassurante routine. Darwin savait-il alors qu’il était de ces existences non pas fantasques mais reposantes ? Darwin savait-il qu’en d’autres circonstances il aurait été l’épaule bienveillante qu’elle aurait choisi, que si Rosabel n’avait pas été aussi stricte envers elle-même, dans ses émotions, dans son maintien, dans sa méfiance usuelle, ç’aurait été contre le creux de son cou que ses joues se seraient affalées, que son port de tête se serait tout entier abandonné, ses cheveux lâches et dénoués, et que chaque sourire paisible aurait été de son fait et qu’ils auraient soufflé sur sa peau un vent d’engourdissement câlin tandis que l’acier de ses yeux serait encore resté indolore, dans une vague léthargie silencieuse. Elle se serait éparpillée ainsi serrée contre son existence.

Darwin persistait dans ce doux songe contre lequel sa silhouette filiforme aurait souhaité se heurter, se balancer, chuter, glisser dans un abyme de torpeur ; Il aurait pu être son havre, le protecteur de ses pensées déposées.
Mais Rosabel ne savait s’autoriser pareil luxe. Ce fut là la raison pour laquelle son dos se tenait rigide, le buste enraciné dans cette attente désuète, une retenue esthétiquement correcte, affirmée et fixe, un regard qui apparaissait toujours aussi lourd, noirci comme une nuit sombre enténébrée et sans étoiles.

_ Je le sais Darwin, et c’est la raison pour laquelle je veux te l’entendre dire.

Car s’il avait été un tel homme, alors sans hésitation, elle n’aurait pas été là avec lui. Enfin, elle ne l’aurait pas aimé. Et il devait ignorer au fond comme Rosabel Northrop aimait l’entendre, aimait cette insignifiance, comment Rosabel acceptait simplement Darwin pour ce qu'il représentait, pour l'illusion de paix qu'il lui donnait.

_ Il me plait que tu ne sois pas passionnant. Il me plait que tu sois tel que tu es. Je n'ai jamais voulu que tu sois autrement. Il me plait cette simplicité avec laquelle tu existes, cette façon dont tu te vis. Sais-tu pourquoi Darwin ? Et son regard avait roulé vers le sien, la pâleur de son visage faiblement éclairé par les lumières tamisées, ses yeux minces et durs étouffaient une mélancolie et donnaient à sa figure une arrogance fatiguée qu'une main sous son menton était venue retenir. Je vais te le dire. Parce que de cette façon il n'y a rien à attendre de toi.  

Il l'ignorait mais c'était là une belle chose. Aimer quelqu'un sans la crainte de ces déceptions, de ces sentiments brisés.

Sa lassitude demandait seulement à émerger. Et rien dans ses mots ne souleva chez Rosabel cet éclat enjoué qu'il n'aurait su lui transmettre. Pas même l'idée que dans cinq, dix ans, elle se tiendrait auprès de lui, sa silhouette toujours impeccable, son chignon serré, une tasse de thé entre ses doigts osseux pour réchauffer ses os frileux, et que Darwin serait toujours là, pour l'écouter s'épancher de ces soupirs, de ces lamentations exécrables dont elle ne se taisait jamais. Elle ne doutait pourtant pas de la véracité de ses dires.
Son regard ne trembla pas un seul instant, n'était pas vide. Mais il y avait dans la manière qu'elle avait de le regarder l'ombre d'un silence qui lui ordonnait de se radoucir ; ce fut là quelque chose qu'elle destinait tout naturellement à Darwin. Qu'importait si elle pouvait lui accorder par moment les mêmes iris trop sombres, Rosabel était d'une indicible et méprisable fermeté. Elle n'aurait pas su lui démontrer de la tendresse, pourtant il existait dans le coin extérieur de ses paupières légèrement affaissées une tâche de douceur dans un petit pli, quelque chose qui chez Rosabel donnait une impression assez pittoresque qui semblait rappeler que tout chez la femme n'était pas si froid.

_ Pourquoi faut-il que les choses paraissent si faciles dans ta bouche.

Résignée par une banale constatation, elle avait très légèrement dévié son visage. Une rougeur étrange se serait alors lentement répandue sur l'une de ses joues, comme une tâche de vin s'imbibant tout lentement d'un petit bout de moquette. Mais ce ne fut pas une gène, car peu de choses à dire vrai dérangeaient réellement Rosabel. Cependant, il y avait de ces douceurs qui suffisaient à réchauffer la chair la plus austère et la plus glacée.

_ Darwin. Tu parles trop légèrement, ce ne sont pas des choses à dire. Et si je ne te connaissais pas suffisamment pour savoir ce que tu veux dire, si je me trompais, si je me méprenais... Je pourrais prendre ça pour une invitation.

Car une autre qu'elle, moins réfléchie, moins préparée se laisserait certainement avoir, se méprendrait sans doute à cette avalanche de bons sentiments qui émanait pourtant. Un autre l'aurait sans doute écœuré. Et elle s'était légèrement redressée à son tour, légèrement éloignée de ce qui lui semblait être une étrangeté ; un recul évident qui marquait encore une réticence à cette idée qui n'était pas tant surprenante sinon qui la mettait mal à l'aise.

_ Ne me donne plus de mièvreries à l'avenir.

Sur cette consigne, elle ne lui aurait pas défendu de l'aimer puisqu'il pensait s'en sentir capable. Elle se demanda un instant ce qu'elle avait bien pu faire pour s'attirer une telle sympathie. Et malgré quelques reproches, une voix plus sèche qu'elle ne l'aurait souhaité en vérité, le fond n'avait pas été contesté. Il n'y avait pas eu d'indignation, seulement une distance appuyée, une fausse nonchalance, un désintérêt qui rougissait malgré tout sa joue.

_ Fais ce que tu veux.

La voix plus faible, presque éteinte, ordonnait plutôt pour qui la connaissait bien qu'il fasse exactement ce qu'il demandait : qu'il l'aimât donc, si c'était là tout ce qu'il attendait d'elle.

Sa haute silhouette se releva enfin, comme elle ignorait toujours comment se poser trop longtemps à la même place, comme elle ne se sentait pas suffisamment rassurée pour rester. Et dans un mouvement pourtant lent, elle s'était postée à la fenêtre, regardant sans voir le dessin d'un crépuscule. Sans se retourner, elle fit ce qu'elle savait si bien faire.

_ Mais ne me demande pas de te donner ce que j'ai oublié. J'ai parfois l'impression que ma vie s'est arrêtée, qu'on a rayé mes émotions. Je suis bloquée, Darwin, alors parfois quand on parvient à me toucher, je m'éveille comme un nouveau-né qui ne sait que hurler son désarroi. Parce que tu sais, Darwin, c'est lorsque je crois tout maîtriser que je ne maîtrise plus rien.
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