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Bienvenue sur Firewhisky les sorciers ! On espère que vous allez bien, et que vous êtes près à swinguer au rythme des trompettes ! À Londres Magique, nous sommes en Mars 2017 ! Les oiseaux recommencent à chanter et les mimosas sont en fleur, bon courage pour les allergies. Il est 12 heures, l'heure des news !

15.03.17 — Après un an d'aventure extraordinaire à vos côtés, Firewhisky ferme définitivement ses portes. Retrouvez plus de détails ici, et écrivez la fin de votre personnage par là !
26.02.17 — La MaJ #6 est finiiie ! Retrouvez tous les détails de ce qu'il s'y est passé par ici ;)
02.01.17 — La MaJ #5 a été effectuée ! Retrouvez tous les détails de cette dernière par ici !
19.09.16 — Le journal de FW reprend ! Participez-y en écrivant un article. Plus de détails ici.
04.09.16 — Une MàJ a été effecutée ! Retrouvez tous les détails ici
18.08.16 — le forum sera inaccessible du 02/09/2016 au 04/09/2016 pour une nouvelle mise à jour. On sait, on en fait beaucoup, mais il faut encore se préparer à de gros changements....













Première matinée [LIBRE]

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Neutre & Sigma


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Première matinée [LIBRE]
07.09.16 22:19

Première matinée





La Gazette du Sorcier. Flot intarissable de conneries se voulant vérité de sorciers qui pensent se renseigner. Attaque à Paris. Sigmas qui s’étendent sur l’Europe, mais Sigmas à cause de qui, des sorciers, de ceux qui lisent et se terrifient. J’attrape ma tasse de café, mon regard une seconde se pose au dessus du journal. Le Gryffondor rit avec ses amis. Stupide né-moldu qui ne s’intéresse pas de ce qu’il faudrait. Tasse à mes lèvres, je me délecte du liquide chaleureux dans ma bouche, ma lecture reprend cet amas d’absurdités. Le pouvoir du journal m’indigne.

Cela ne m'empêche pas de le lire chaque matin. D'en lire plusieurs. D'en rire, de me demander encore: quel intérêt ? La Gazette du Sorcier influence, prévient. Les sigmas sont dangereux. Ignobles. Grossiers. Se sont-ils vus, à proner leur propre fin ? Un soupire s'échappe de mes lèvres. Je n’ai pas besoin de regarder les nés-moldus pour deviner leurs regards inquiets et leurs faux-semblants d’idiotie. Certains savent s’intéresser, mais sont d’une naïveté affligeante. Je tourne la page, la photo du ministre m’observe avec ses yeux qui se veulent confiants. Il est apeuré. Je jette le papier sur mon voisin négligemment.

- Lis la première page et dis moi ce que tu en penses. 

Je ne suis pas allé plus loin, de toute façon. Qu’il me distraie un peu, pendant que je porte ma concentration sur l’abricot dans ma main. Il ne me disait rien, un simple fruit ne m’inspirait que le néant. Peut-être me dirait-il plus tard, lorsque j’aurai faim. C’est décidé : je le garde, l’enroule précautionneusement dans un papier. Utilise le temps trop long, je range mon nouveau bien. Coude se pose sur la table, ma main tape doucement les secondes sur le bois. Que sa lecture est lente; ou est-ce le temps, fade, est-ce les secondes, interminables ? Je m’ennuie. La patience est une vertu à ne pas négliger. L’attente est la recherche de questions et de réponses. Je le regarde, l’observe lire. Une tache s’est figée sur le bord de sa chemise. J’aime à me dire qu’il aura une intelligence à dire. Que cette personne se démarquera de la stupidité monotone, qu’il aura des idées. J’aime entendre les pensées, comprendre un raisonnement. J’apprécie même, observer une logique.

J’aime ces moments de solitudes, où pris dans mes réflexions, le temps disparait. Penser et refaire le monde est rassurant, cela donne une impression d’encore être un enfant. Je me plais à m’asseoir en tailleur et imaginer ce que fait le reste de ces sept milliards d’êtres humains. Cela me rappelle aussi que nous ne valons rien. En observant les foules, il m’arrive de me sentir submergé par la tristesse du monde, les malheurs des autres. Parfois aussi, j’aime ressentir leur bonheur. Le monde est vaste, les gens aussi. Les pensées sont innombrables, infinies: aucune ne vaut vraiment la peine d’être écoutée. C’est pour ça que je les aime. Elles sont transparentes, elles sont insignifiantes, mortes-nées. Les laisser s’exprimer c’est donner vie à une idée. Rendre l’incertain concret. Donner une signification à notre insignifiance. Tout comme l’art. Je prends une grande inspiration, m’impatiente.

- Alors ?

L’accalmie de ma voix la rend plus grave. Mes mains croisées se positionnent devant ma bouche, mon regard se plonge dans celui d’en face.

J’attends.
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Hibou


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Re: Première matinée [LIBRE]
08.09.16 15:37



 



Elle se sentait étourdie. Etourdie par cette chaleur qui semblait la poursuivre, qui hantait un peu trop son organisme, errait sur ses joues, agressait l’immaculé épiderme de quelques tâches rouges, un peu rugueuses, un peu de cette imperfection, un peu de tout.
Elle se sentait agressée, de tous les coins, derrière les oreilles, à l’intérieur de ses coudes, dans l’entrecuisse, de cette tiédeur, de cette lourdeur, et posées sur la table ses mains moites et tremblantes cherchaient un exutoire à cette touffeur intrinsèque.
La chevelure lourde retombait indisciplinée sur son visage, sur sa nuque, faisait l’effet d’une pelote de laine épaisse, dénouée.

Par moment, l’odeur de la matinée lui revenait, le souvenir des épaisses couvertures rejetées sur son visage ; elles étaient encore ici, elles étaient encore là, les sentait toujours du bout des lèvres, de cette respiration éteinte. Deborah suffoquait presque.

Elle déboutonna alors les deux premiers boutons de son chemisier mal repassé, de ce blanc devenu gris, secoua un instant encore son visage, désespérant de chasser le brasier, mais ce fut un parfum têtu de lavande qui s’élança au lieu de ça, au-delà d'une tâche de café au lait qui avait imbibé le col de son vêtement.

Deborah avait l’air vaguement enivrée.

La chute de la gazette avait été amortie, ouverte sur son cuir chevelu. Ce fut le temps d'un froissement qui ne l'avait pas agité. Les doigts un peu lents avaient arraché le journal. Rappelée à la docilité, le papier lissé sur la table, les yeux fatigués avaient daigné accorder une lecture. Elle avait eu un regard ignoré pour lui ; cette scène avec lui et elle lui sembla alors absurde. De quel besoin avait-il eu, avait-il été tenté, pour se faire écho l'un de l'autre, pour donner une raison d'être à cet échange fortuit. Il lui sembla qu'Arcturus Dewitte était un être hasardeux, pour remettre ses envies de discussion entre les mains du prochain le plus proche.

Deborah ne s'agaçait pas. Deborah lisait avec cette lenteur et cette oisiveté qui lui étaient caractéristiques. Deborah accordait un sens à chaque mot, et la lecture cheminait comme la pellicule d'un film, se déroulait parfois avec quelques ratés. Deborah avait un intérêt difficile, une concentration qui s'égarait dans la forme des lettres. Deborah avait parfois le visage qui s'enfuyait, qui renonçait trop vite ; elle n'alla pas au bout du papier, n'atteint jamais le point final. En cet instant, il y avait l'idée saugrenue qu'un petit bout de sa vie se laissait teindre par cette impatience qui cherchait certainement à la presser. Mais ce n'était pas tant la thématique du journal qui attirait son attention, sinon la grande problématique Dewitte dont elle se sentait à présent le caprice.

_ Alors je suis surprise, je ne pensais pas que tu t’intéressais aux autres.

Elle avait relevé les yeux de sa lecture, refermant doucement le journal. Ce petit sourire intriguant qui ne voulait absolument rien dire.
Elle l'envisagea encore avec calme, et les secondes auraient coulé lentement. Car tout venait avec une lenteur exagérée, avant de prendre cet élan dont elle avait besoin, pour se confronter à cette existence si difficile qui semblait la mettre dans cette situation d'expectation. Il lui sembla alors indélicat qu'il l'ait forcée ainsi, comme il semblait qu'elle lui devait quelque chose, un commentaire, alors qu'elle n'avait proprement rien exiger.

_ Pour te dire ce que je pense, il faudrait avoir envie d’entamer une conversation avec toi. Et je n’en ai pas envie. Parce que tout le monde sait déjà ce que tu penses. Tu n’es pas un garçon très surprenant.

Non, parce qu’il était Dewitte, ce rire si inconvenant dans la grande salle, ces mots si antipathiques, ce grain de voix si détestable, si désagréable. Il était ce qu’il voulait bien montrer. Et il en offrait si peu.

_ Mais je ne t’en veux pas, parce que regarde toi, y’aurait-il quelque chose à attendre ? Tu es beau, et c’est probablement tout ce que les gens veulent voir de toi. Je n’ai pas besoin que tu fasses semblant de me comprendre.

Mais les mots prononcés d’une voix doucereuse s’étaient voulus blessants. Sans vraie raison. Mais Deborah aurait menti sur ces derniers mots, Deborah aurait volontairement grossi ce portrait caricaturé qu’elle lui brossait de lui-même, ce si peu de choses. Car elle ne croyait pas que Dewitte fut seulement ce qu’il montrait, car elle croyait que les gens comme lui s’offraient si peu, et qu’on s’aveuglait si vite devant tant de défauts qui auraient semblé l’aliéner. Et ce qu’elle n’avait pas dit, c’était sans doute qu’elle avait du chagrin pour lui, parce qu’il devait assurément être brillant, mais personne n’aurait suffisamment de patience pour bien vouloir s’en rendre compte.

Il y avait eu alors ce temps d'observation, ce temps un peu figé où il n'y avait bientôt plus eu que lui. Un instant, il avait envahi ses songes. Elle ne connaissait pas son visage par coeur, et chaque sourire qui venait effleurer ses lèvres s'accordait volontiers dans cette contemplation. Elle n'eut pas honte de déranger ainsi un regard, une figure, des épaules. Elle n'eut pas de gêne à devenir ce visiteur un peu bohème à explorer si frontalement ce qui était entré dans son espace-temps de façon si brute. Oui, Arcturus devait être une brute, pour s'immiscer ainsi dans une vie qui ne lui appartenait pas, dans des songes où il n'existait juste pas.

_ Fais-tu toujours les choses aussi hasardeusement ?

Il avait peut-être bien choisi, de lui mettre ce journal sur le sommet du crâne. Cependant elle n'en avait pas tant réclamé.
Elle le regarda une dernière fois, de ce bleu qui n'appelait aucune critique, aucun jugement, scrutant uniquement, ses prunelles réchauffées, de cette chaleur lourde, de cette fièvre cherchant silencieusement le chemin vers son être, désireuse de voir malgré tout ce qu'il ne montrait pas. Car le désintérêt de Deborah était malhonnête tant il demeurait factice.


(c) naehra.

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Neutre & Sigma


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Re: Première matinée [LIBRE]
08.09.16 18:44

Première matinée





Enfin.
Elle a parlé. Je la reconnais. Bolton, même année, médicomagie. Pitoyable être que je n’ai jamais pris la peine de connaitre. Discrète. Négligée. Son oeil hagard n’a rien d’envoutant. Ce sont des yeux de chipie, aurait dit ma mère. Piètre manipulatrice, dirais-je. Ses joues sont rouges, elle est moite. Il ne fait pourtant pas chaud. L’automne est froid, en Grande-Bretagne. Le médecin le dirait: c’est là une simple période d’ovulation prématurée. Ma main passe négligemment dans mes cheveux. Je la laisse parler, je la laisse s’exprimer. Dire ce qu’elle pense, mais plus elle parle plus sa connerie agresse mes tempes. Et cela me révulse, d’entrevoir si peu de raisonnement. Qu’ai-je espéré, la déception coule de ses lèvres.

- Tu aimes à te contredire, Bolton. Je te surprends, mais je ne suis pas surprenant. Sois logique. Tu ne sais même pas ce que tu dis. Veux-tu paraitre plus stupide que tu ne l’es ? Réfléchis donc au moins une seconde avant de parler. 

Décevant.
Futur médecin, cela m’indignait. Que dirait-elle à ses patients: vous allez mourir, mais vous n’allez pas mourir. Vous êtes malade, mais vous n’êtes pas malade. Quelle genre de stupide phénomène est-elle, à tenter de se montrer intelligente et désintéressée. Sa chemise est indécemment déboutonnée, il y a des tâches de partout; rien n’est repassé. L’être en face de moi se métamorphose en une soudaine atrocité. Elle dit ne pas vouloir me parler, mais elle pose des questions. Elle se confond dans ses propres conneries, elle oublie la réalité des mots. Est-elle seulement consciente de sa chute. Je laisse le silence tomber. Je bois une nouvelle gorgée de café.

- Le hasard n’a rien à voir avec la spontanéité.

Et dans un bruit de vaisselle ma tasse se pose sur son appuie de porcelaine. J’y rajoute un brun de sucre, ni trop ni pas assez. Je ne la regarde même plus, peur d’être trop horrifié pour encore lui adresser la parole. Que voulait-elle ? Ah oui, le hasard. Qui y croyait. Si ce n’était pas la fatalité, alors cela aurait été le subconscient qui aurait joué.

- La seule coïncidence, c’est que ce soit toi ici plutôt qu’un autre. Si encore cela en est une, et que tu n’aies pas spécifiquement choisi cette place parce que tu me trouves ’beau’.

Beau. Mot fait pour les paresseux qui ne savent quoi penser de ce qu’ils voient, ne savent mettre un mot sur une attirance ou un intérêt inexpliqué. Mais le relever me semble inapproprié tant son innocence parait maladive. Je ne suis pas beau. À son goût, peut-être, parce que j’ai cet inaccessible évident, ce désintéressement qui attire l’innocence et les fantasmes des plus idiotes. La simple éventualité me répugne. Je grimace, deux doigts caressent mon front. Mes yeux se ferment sous ma main désespérée.

- Garde ta salive, la justesse de ces propos ne m’intéresse pas.

La paume de ma main tournée vers elle, je la stoppe avant même qu’elle ne tente de se justifier. Je ne veux rien entendre d’aussi répugnant, quand bien même ce fusse la vérité. Et quel honneur pour Deborah Bolton ! Elle m’a révulsé de la vérité, ne fusse-t-il pas la première fois, que je préférais fermer les yeux. Et j’espérais, priais pour me tromper. Mais là n’était qu’une triste fatalité : elle n’attend de moi que je ne sois que beau. La voilà alors, servie.

- En revanche, ce qui m’intéressait, c’était de savoir ce que tu pensais de cette première page.

Aurais-je été un peu idéaliste, de penser qu’elle aurait eu quelque chose de concret à donner ? Si personne n’attendait de moi autre chose que la beauté, alors certainement n’auraient-ils rien pour me détester. Dommage, Bolton, car j’arrivais à être détesté. A être attaqué. J’arrivais à être quelqu’un dans l’esprit de ceux qui n’attendaient de moi que de la beauté. J’étais certainement détesté, mais jamais ignoré. Elle ne faisait que prendre son cas pour une généralité, et là n’étaient que des conneries infâmes. Je n’avais pas besoin de le lui dire pour le savoir, ou lui faire remarquer, ni même de le justifier. Sa provocation n’avait pour effet que de renforcer l’idiotie dont elle faisait preuve. Déplorable.

- Je ne me cache de rien. Faire semblant de comprendre quelqu’un ? Allons, cela n’aurait aucun intérêt. Mais les avis ont de ceci qu’ils peuvent être considérés, envisagés même, s’ils sont réfléchis. Je ne m’intéresse pas aux autres, je m’intéresse à leurs réflexions. Quand ils en ont. Dommage que les tiennes se résument au néant. 

Elle m’avait sonné amère. Peut-être avait-elle essayé de m’énerver ou de me provoquer pour une raison abstraite. Mes doigts grattent une seconde mon cou tendu sur le côté, je croque sans distinction dans un morceau de sucre tout juste envoyé dans mon gosier. Oui, Deborah Bolton avait essayé de me faire sortir de ma placidité. Comme si un insecte pouvait réveiller un monstre. Quelle arrogance, Deborah. Quelle arrogance, Bolton. De penser pouvoir m’atteindre si aisément.

- Ou serait-ce de la rancune depuis la rentrée ? Tu ne serais pas la première que j’aurais dérangée et à ne rien en avoir dit.

Mon rire avait fait sensation. La simple idée me rend morose. Tous s’étaient braqués, ou avaient remarqué. M’avaient catégorisé, et peut-être l’avait-elle fait. Cela m’était égal, cela ne m’importait pas. Ma réputation n’avait rien à refaire, je ne m’étais jamais caché de mes idées. Qu’elle pense ce qu’elle veut, qu’elle me voit comme le monstre que je suis. Sa transparence n’avait d’égal que sa stupidité. Ma main se pose sur le journal, je le tire lentement vers moi, le regard de prédateur ne lâchant pas celui de la maladroite.

- Comme les autres: fade et empotée. 

Je reprochais aux Nails leur réaction, mais au moins en avaient-ils eu une. Si l’on pouvait leur reconnaitre une qualité dans leur médiocrité, cela aurait été l’honnêteté. Ils ne se cachaient pas, voilà bien quelque chose dont nous pouvions nous vanter ensemble. Mes mains ouvrent le journal brusquement; je recommence à le parcourir. Mais mes pensées sont évasives, ma concentration un peu déréglée. Je fais le vide dans mon esprit. Relève mon regard sur le journal dans ses yeux. Dégout.

- Et reboutonne cette chemise; elle est assez tachée pour que tu en rajoutes à l’atrocité. 
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Hibou


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Re: Première matinée [LIBRE]
08.09.16 21:03



 


 

Elle n’avait jamais connu de cruauté plus excessive, plus acharnée, et dans ce même acharnement elle ressentait comme une profonde peine, non pas de ces mots qui écorchaient sa peau de quelque douleur muette, de quelque susceptibilité éraflée, sa sensibilité maltraitée, non, un profond chagrin pour cette cruauté hargneuse mais tellement désespérée. Fallait-il qu’il soit si aigri, si triste, si noir, si riche de sa méchanceté et si pauvre de tout le reste pour en devenir si grotesque. Il y avait du chaos en lui, dans la succession de ses pensées. Elle l'aurait trouvé si brouillon, si désordonné dans cette effusion de rage, d'une rage contenue, de sa prose. Etait-il en colère de la déception qu'elle lui inspirait, était-il lassé de ne trouver personne pour sustenter son ennui ? Et n'y avait-il pas dans cette formidable élocution un goût de passion ? Car la passion ne devait pas seulement s'accorder à des sentiments trop nobles, comme elle exaltait si bien la cruauté. Elle le rendait vivant, bien moins sinistre que ce qu'elle avait cru au départ.

Puisqu'il n’était pas seulement méchant, avait au contraire l’art et la manière de l’être. Cela semblait si bien l’habiter. Arcturus devait être artiste, artiste de sa propre haine. Car il devait exécrer tellement pour mépriser avec autant de talent. D'aucun aurait dit, ce garçon n'a pas d'âme. Mais Deborah ne croyait pas, Deborah pensait que cette cruauté naissait d'une nature, au contraire d'un instinct animal, et donc humain, dans ce formidable élan de bestialité. Arcturus dansait avec des mots féroces.

Que pensait-il donc faire alors ? Qu'espérait-il faire naître chez Deborah ? Car la jeune fille ne pouvait se résoudre à croire qu'il avait tant parlé sans autre raison que celle de la blesser, car si tel n'était pas le cas, à quoi bon faire usage de tant de salive ? Brasser de l'air. Quelle déception cela serait-il. Quelle déception cela serait de constater que cet éclat poétique n'avait d'autre ambition que de meubler l'air de quelque ambiance pesante, de quelque lourdeur épuisante. Quelle déception cela serait, quel gâchis, celui de parler sans toucher la sensibilité de l'autre, celui de faire tomber simplement des propos sans but sans chemin du haut d'une lèvre pour les regarder mourir simplement avec l'application et le même soin qu'un suicidé.

Etait-ce donc cela ?
Arcturus était-il donc vain ?

_ Bien sûr, Arcturus, tu as si bien raison. Tu sais toujours si bien ce qu’il convient de dire. C’est étrange, que personne n’ait remarqué à quel point tu es un être sensé, Arcturus, à quel point le monde a besoin de toi. Car le monde serait moins beau sans ta méchanceté, car elle est si élaborée, si bien pensée. N’es-tu pas éloquent ?

Elle avait posé une joue dans une main, et de l'autre elle frottait machinalement ses doigts entre eux, essayant toujours de se débarrasser de cette chaleur qui envahissait dès à présent l'extrémité de ses phalanges. Et Deborah n'avait pas semblé alors touchée, ou dérangée, ou simplement pas de la façon dont elle aurait dû être, dont elle aurait dû ressentir. Cependant, malgré la mesquinerie des mots, puisque ce n'était pas tant là des choses à prendre au sérieux, puisqu'il y avait une certaine moquerie, évidente, malgré tout, oui, il y avait cette entière sincérité qui se battait avec, il y avait la douceur ingénue de sa voix, il y avait ce regard si tendre, si dévoué, si volontaire, entre toute cette fausse gentillesse.

Elle répéta.

_ Beau méchant et éloquent. Vois-tu, deux adjectifs qui s’ajoutent à ton portrait. N’est-ce pas merveilleux, Arcturus, tu es non seulement beau et méchant mais éloquent de surcroît. N’est-ce donc pas là une raison de plus pour s’asseoir à côté de toi ? Je me trompais. Je croyais que tu n'étais pas surprenant, mais depuis que tu me parles, je sais que c'est faux. Tu es absolument et merveilleusement surprenant. Surprenant dans ton agressivité lyrique. »

Il y avait un fossé en Deborah, deux rives qui passaient leur temps à se contredire. Il y avait ces choses, ces réactions, ces moqueries, cette espièglerie, cette tendresse, cette vérité, ces mensonges, toutes ces choses qui se mélangeaient avec harmonie, avec une absurdité sans nom, avec une complexité folle.

_ Je n’ai aucune rancune envers toi. Bien au contraire. Tu es un poète, Arcturus. Je crois que je t’admire pour cela.

Et ce disant, un sourire avait fleuri, de ses lèvres charnues. Alors elle avait dévié une nouvelle fois son regard, avait fixé derrière le garçon un point invisible, un détail sur le mur. Un soupir heureux était resté, éhonté. Arcturus avait-il seulement suffisamment d'importance à ses yeux pour influencer ses états d'âmes, pour submerger les errements ravis de son être, pour faner juste sa personnalité et tout ce qu'elle était ? La description qu'il avait faite d'elle-même avait valu des commissures plus étendues encore, des pensées vaguement égarées. Ses dents du bonheur s'étaient montrées.

_ Fade et empotée ? Est-ce donc là une catégorie de gens ? Tu as l'air si mécontent. Qu'y puis-je si je ne suis pas à la hauteur de tes espérances. Je ne t'ai rien promis moi. Et sur ce constat, elle avait marqué un léger silence. Elle avait ignoré la dernière remarque. Elle ne fermerait pas ce chemisier qui une fois boutonné lui semblait si épais qu'elle s'en sentait prisonnière. Et rajoutant peut-être à cette atrocité qu'elle semblait bien décider à lui imposer, elle frotta sa main moite sur le vieux tissu.

_ Je ne te dois rien.  




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Neutre & Sigma


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Re: Première matinée [LIBRE]
08.09.16 23:45

Première matinée





- Tout ça c’est des conneries. Il n’y a jamais rien qu’il convienne de dire, si ce n’est ce que l’on pense. Cela ne veut pas dire que nous sommes sensés, sage ou fou. Cela veut dire que nous sommes entier.

Je soupire alors que je baisse le journal, mon sourcil s’est levé, mes yeux l’observent. Cet amas de conneries qu’elle a déblatéré m’a rebuté, répugné, dégouté. Qui est-elle pour penser faire des compliments irréfléchis, dits pour provoquer et certainement ma bouche s’est-elle légèrement déformée pour témoigner de cette aversion. Et quelle provocation autre que l’inutilité de se rendre intéressante. Elle ne l’est pas, n’a rien de particulier. Est pleine de rondeurs, rougeurs, d’imperfections. Sa voix est trop douce pour être prise au sérieux. Ses yeux rejettent la rêverie infantile. Rien, rien n’est à apprécier d’un être qui n’a à dire que de l’abstrait.

- Constater que tu n'as rien à dire qui m'intéresse n'a rien de méchant. J'entretiens mes relations sur la sincérité. L'hypocrisie est-elle plus respectable ? Je ne crois pas.

Et c'est une conclusion tout à fait évidente qu’il me parait inutile de justifier, je suis même persuadé qu’elle n’en retiendrait rien. N’y vois aucun intérêt autre que celui de perdre du temps. Le journal se relève pour cacher mon visage, mes doigts s’enroulent autour d’une tasse. Ma chevalière, d’argent, claque contre la porcelaine d’un rythme régulier. La conversation me plait. Celle qui me concerne moins, mais au delà de la famille Dewitte, nous parlons là de nuances, de définitions de mots jamais totalement dévoilées. Et s’il faut en passer par une personnification pour qu’elle daigne un tant soit peu parler, ainsi soit-il. Passer pour le cruel ne me dérange pas.

- Méchant parce que je dis ce que je pense, parce que je mets des mots là où les autres se taisent ou bien est-ce un simple besoin de dire quelque chose pour attirer mon attention ?

Un claquement de langue sur mon palet souffle mon mécontentement. Gentil et méchant. Quel âge a-t-elle seulement pour encore penser de telles absurdités. Il n'y a ni gentillesse; ni méchanceté. Ces notions sont là pour enseigner aux enfants à respecter les règles de la société. Je ne me souviens pas l'avoir blessée, l'avoir espéré. Je me fiche bien qu'elle pleure ou qu'elle sourie. L'indifférence à de ceci qu'elle n'est ni méchante, ni gentille. L'indifférence est un pouvoir qui permet de garder son sang froid. Quel dommage que je ne puisse pas m'emporter, que rien ne me pousse à la colère. Alors peut-être saurait-elle ce que c'est, la méchanceté. Alors peut-être, je lui ferai manger la poussière et lui chuchoterait avec ce sourire malsain qu'elle n'a encore rien vu. La souffrance est partagée temps qu'elle n'est pas physique. Si je lui montrais, ce que c'est que de souffrir réellement, si je la forçais à me supplier d'arrêter; alors oui, à ce moment-là aurait-elle la possibilité de me dire que je suis méchant.

Mais je ne retiens aucun plaisir à l’idée de la faire souffrir, n'ai pas la prétention de pouvoir le faire ou de le vouloir. Mon dédain ne se fait que plus important. Elle m’admire, se moque et question crédibilité, je préfère retourner à la Gazette du Sorcier que je plie proprement, nettement, que je pose sur la table, lisse d’une caresse sèche, précise.  

- Méchant. Ce mot est bien trop factice et personnel pour être pris avec sérieux. Alors dis moi.

Mon regard se plante dans le sien, inquisiteur. Tortionnaire. Mes coudes sont sur la table, ma chemise légèrement retroussée, mes mains s’entremêlent, mes lèvres se posent sur l’un de mes pouces. Elle ne savait pas choisir ses mots. Elle aurait simplement pu évoquer ma médisance, je lui aurais gré avec parcimonie. Mais elle s’était trompée, son vocabulaire s’était limité à l’enfantillage de penser à une simple dualité. Gentil, méchant. Beau, moche. Le monde ne se limite pas à un lexique si restreint.

- Prouve-moi par A et par B que je le suis. Donne moi une raison de te croire et si tu es crédible, je prendrai la peine de le considérer, et peut-être de te montrer réellement ma vision de la méchanceté.

Argumente Deborah, parce que tes paroles sont plus faibles que le néant. Parce que tu ne sais encore rien de ma cruauté. Elle n’y a pas même encore gouté. La médisance n’a rien à envier à la sympathie, si c’est pour avoir l’air si naïf et chétif qu’elle ne l’est. Dents du bonheur, encore une autre imperfection désagréable à mes yeux. Je craque mes doigts, les uns après les autres, d’un mouvement lent, patient. Je me redresse, légèrement.

- Effectivement, tu ne me dois rien. Que tu m’admires, que tu me détestes… Léger silence incisif. Cela ne concerne que toi.

Elle, me laisse indifférent.
Une nouvelle gorgée de café s’étale dans mon palet. La tasse est vide.
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Hibou


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Re: Première matinée [LIBRE]
09.09.16 1:41



 


 

« Ce n’est pas ce que tu dis qui est méchant, ce ne sont pas tes constats ou les mots que tu choisis, c’est l’indifférence et la violence avec lesquelles tu les jettes, sans te soucier du reste. Il y a toujours des choses qu’il convient de dire ou de ne pas dire, j’appelle ça le tact, j’appelle ça la délicatesse. Tes mots se déversent sans penser aux dégâts qu’ils laissent. Ce n’est pas une question de degré, tu pourrais être tellement pire, tu pourrais dire des choses, tu pourrais faire des choses. Ce n’est pas le sens de tes propos, là n’est pas la question. C’est cet élan, cette verve. La façon dont tu t’adresses aux autres est agressive, et tu ne t’en aperçois même pas. Tu es si arrogant, de penser pour les autres, de croire que tu peux dire tout ce que tu penses, et que cela reste sans conséquences. Tu penses que ce que tu dis n’est pas méchant, suffit-il d’y penser pour que cela soit vrai ? Tu ne te positionnes encore que de ton côté. Les relations ne s’entretiennent pas avec de la sincérité, la sincérité fait fuir les gens, à cause de ces choses qu’ils ne veulent précisément pas entendre, l’Humanité toute entière est hypocrite. Tu n’es pas sincère, Arcturus, parce que personne ne l’est, parce que personne ne veut que tu le sois. Tu n’es pas sincère non. Tu es une brute, une brute de mots, de sentiments. Tu malmènes sans te rendre compte. Sais-tu seulement te remettre en question ? »

Et elle s'était tue, enfin. Sa bouche restait close, après ce monologue si long. Elle n'aurait jamais voulu en dire autant. Car Deborah n'aimait pas penser, car Deborah n'aimait pas réfléchir. Et cela l'agaça alors peut-être de se rendre compte qu'il avait su exactement s'y prendre pour lui faire dire ce qu'elle n'avait précisément pas eu envie de dire.

Elle ne l'avait pas regardé, car elle s'était lassée de cette beauté. Car c'était là un beau qu'il était bon de contempler au moins une fois, mais vers lequel il ne servait à rien de revenir. Parce qu'il n'y avait rien au-delà. Cela lui paraissait à présent évident. Et n'était-ce donc pas là une odieuse et nouvelle forme de gâchis ? Que d'être si beau et si laid à la fois.

« Tu juges, et tu crois juger si bien, alors que ta vision du monde est si restreinte, autour de toi-même. Tu ne fais aucun effort. Et les relations s’entretiennent précisément avec l’effort que les gens mettent pour les entretenir. Ta sincérité n’est qu’un leurre, qu’une manière de répandre ton poison. Tu es médisant, et être médisant est un manque de respect, et un manque de respect est une atteinte à la dignité d’une personne, même si cela ne te semble, même si tu n’as pas l’impression, et c’est à partir de ce moment-là que tu deviens méchant. »

Que s'évertuait-elle déjà à lui prouver, et dans quel but encore. Du temps perdu. Voilà ce que ce garçon était ; il lui faisait perdre son temps. Il était évident qu'il était bien trop borné.

« A quoi cela sert-il de continuer, alors que nous ne tomberons jamais d’accord ? Je n'aime pas ta façon de penser. Et je ne cherche pas ton attention, la tienne m'importe peu. Car même si je l'avais, je n'en ferai rien. Car que ferai-je de quelqu'un, obnubilé par une tâche sur une chemise. C'est ridicule. »

Machinalement ses mains s'emparèrent d'une cafetière encore fumante, depuis laquelle se répandit le breuvage noir dans sa tasse. Il y eut une hésitation, de quelques grotesques secondes devant la tasse vide de Dewitte, avant de finalement y verser la précieuse boisson.

« Comme ce type d'effort. Servir le café à quelqu'un de désagréable. C'est de la courtoisie. Tu devrais me dire merci. »



(c) naehra.

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Neutre & Sigma


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Re: Première matinée [LIBRE]
09.09.16 20:24

Première matinée

Je n'avais pas bougé. Seul un sourire, petit, discret s'était logé sur mes lèvres. Il avait grandi, à mesure qu'elle parlait. Et je la regardais, pitoyable spécimen, tantôt regarder à droite, tantôt à gauche, parler sans réellement confronter. J'entends l'agacement de sa voix, cela en rajoute à mon contentement. Elle parle, elle parle et se perd dans ses mots. Elle parle, elle parle et espère me toucher. Je suis agressif. Vraiment ? Mes sourcils se lèvent, provocateur. Qui agresse, dans ce moulin de parole. Qui s'emporte dans ses dires. La sincérité fait fuir les gens oui, voilà quelque chose de vrai. Parce qu'elle n'est jamais agréable à entendre, parce que les codes dictent qu'elle est tabou. Pourquoi appeler un chien un chien, alors que c'est le meilleur ami de l'homme ? Un handicapé, une personne à mobilité réduite. Ils me font rire, tant ils sont apeurés par les mots, par les faits, par la réalité. Sais-je me remettre en question ? Mon sourire en coin s'agrandit.

- Pour ce qui est de la vision du monde restreinte.

Une vision du monde restreinte. Vraiment ? L'idée m'avait un peu parue incongrue. A. Y réfléchir de plus près, le monde était si vaste que je n'en voyais que la globalité. Le monde était immense, je n'avais la prétention de me penser important, signifiant. Les problèmes étaient superficiels. Comme ceux des autres, car les ressentis, pour des raisons diverses et variées, restaient les mêmes. La perte d'un proche ou une rupture amoureuse, tous souffraient. Et chacun avait l'indécence de penser souffrir. Mais en quoi leur peine était-elle plus importante qu'une autre ? J'aurai voulu le lui demander. En quoi, oui pourquoi, devrions-nous nous arrêter à notre propre joie ou notre mécontentement lorsque l'on savait que pour les autres, c'était pareil. Peut-être pire, parfois. Ma vision du monde était certainement plus grande, vaste, infinie que la sienne, limitée à sa propre personne, a moi-même dans cette matinée, ou des pensées à ceux qu'elle aime. Puisque ce sont les seuls qui comptent au monde. Naïve.

- Non, pardon. J'ai bien peur que cela, tu ne puisses le comprendre.

Et aurait-elle l'ouverture d'esprit de se voir si petite. Sans importance autre que son existence, de procréer. Garantir une lignée. Et n'était-ce pas ce pourquoi les sang-purs s'inquiétaient de toujours avoir deux fils ? Si l'un meurt, le nom survivra quand même. Une histoire de nom, de race à faire suivre, à pouponner. Mais l'être humain dans le global n'avait rien de plus pour se vanter. Gagner de l'argent, procréer. Mourir.

- La méchanceté, c'est vouloir faire souffrir. Parler, agir dans l'espérance d'anéantir. Est-ce que cela m'intéresse ? Autrui m'est indifférent et l'indifférence n'incline pas à la méchanceté.

L'indifférence n'induit que le désinteret. Je me recule un peu, croise les bras. Laisse le silence peuser. Elle n'a rien compris. Sait-elle seulement ce qu'est la méchanceté, la médisance ? Elle parle en pensant savoir, mais de quoi parle-t-elle. Y a-t-il une logique à dire que penser ne pas être méchant veut dire être méchant ? Quelle sorte de réflexion stupide est-ce ça. Penser être laid veut-il dire que nous le sommes ? Elle parle pour parler.

- Je n'ai pas de tact, je dis ce qui dérange, je ne suis pas plié aux pitoyables codes de la société. Serait-ce la liberté qui te contrarie ? L'honnêteté a-t-elle quelque chose d'amère ? Et laisse-moi te contredire. Je suis sincère. Cela ne veut pas dire que ma vérité est universelle, bien au contraire, je me plais à écouter celle des autres pour pouvoir la considérer. Autrement dit, je n'ai aucune honte à penser ce que je vois, l'analyser, l'envisager sous toutes ses formes. En bien, en mal, la n'est qu'une question de point de vue.

Et je suis beaucoup plus de choses qui pourraient qualifier un monstre. Insensible, aigri; toutes ces choses que l'on qualifie si facilement. Parfois, parfois je me surprends à envier cette conception du monde si simple. Avec des méchants et des gentils. Avec des amours et des déceptions. Oui tout leur semble si facile, aisé. Je me surprends à espérer être idiot, ne plus penser. Je me surprends et je me renferme. Mais cela ne dure jamais très longtemps.

- Je suis indécent. Critique. Indélicat. Égoïste. Irrécupérable. Franc. Impérial. Détestable... Toute une palette de défauts aurait convenue. Je respecte autrui; ceux qui ont de quoi parler sont tout à fait respectables. Je les estime, même.

Je pense à ceux qui ont su créé cet intérêt passionnel, ceux qui ont pu m'éclairer sur des points obscurs. Qui ont démontré que j'avais tort ou qui se sont révélés si logique. Je pense à ces hommes qui ont révolutionner le monde. Newton, Einstein, Platon. Je pense à ceux qui méritent d'être reconnus. Main qui passe dans mes cheveux.

- Ne t'emballe pas, je t'en prie. Toi, tu n'as rien eu à dire.

Mieux vaut même la prévenir avant qu'elle n'espère avoir retenu mon attention sur l'un de ses dires. Je retrousse avec attention, concentration même, les manches de ma chemise. Qu'elles soient de la même grosseur, de la même hauteur. Ce n'est pas être pitoyable, c'est être exigent. Une tâche veut en dire beaucoup trop sur le laisser aller dont elle faisait preuve.

- Et tu sais pourquoi ? Car tu veux jouer la grande fille mais il n'y a qu'une enfant qui veut utiliser de grands mots. Maintenant, tu pourras dire que je juge. Je juge que tu n'as rien à dire de concret. Que tu ne parles que par simple obstination, celle de me faire une morale douteuse. Je te juge maintenant, effectivement. D'idiote ridicule.

L'habit ne fait pas le moine, mais regardez la avec ses rêves dans les yeux et la rougeur aux joues. Regardez la avec sa fierté malsaine de vouloir avoir le dernier mot alors que les mots lui manquent; observez-la et vous n'aurez aucune surprise de la voir si pitoyable.

- Mais le plus intéressant, dans tout ça.

Car il y avait bien quelque chose qui piquait mon intérêt. Ou plutôt était-ce la satisfaction de constater. De mettre à néant toute sa théorie, tous ses dires. Je prends mon temps, j'observe la tasse entre mes mains, la fais tourner un instant, avant de sourire, de relever mon regard.

- C'est que. Avant de te juger, j'ai pris le temps d'essayer de te faire parler. De savoir si oui ou non, tu pourrais m'intéresser. Or, tu ne m'as laissé pour chance que tes préjugés. Tu dis que je ne fais aucun effort ? Sûrement.

Car essayer de déceler l'intelligence chez elle, je ne le voulais plus. Ne l'espérais plus. Refusait de faire le moindre effort pour le faire.

- Mais regarde toi, tu en fais encore moins. Fermée à la conversation, parce que je ne suis que beau, que tu n'attends rien de plus. Et quoi d'autre déjà ?

Les propos m'échappaient, ils ne l'avaient pas assez atteint pour que j'en retienne autre chose que ce dédain qu'elle manifestait à mon égard. Cet agacement dans sa voix était déjà une victoire. Et elle aurait pu toujours argumenter des heures; ne pas savoir ce qu'était la méchanceté était la conclusion de sa défaite.

- Qu'importe.

Ma main balayé dédaigneusement l'air, illustre mon désintérêt.

- Tu es la seule à juger, depuis le début. Alors, qui est méchant, qui est gentil.

Ma tête se penche vers la droite, vers la gauche. Répète, comme la balance qui hésite. Mais je n'hésite pas, l'évidence est suggérée d'une bouche un peu amusée, un peu persuadée.

- Tout paraît soudain si relatif.

Je lui accorde un sourire. Si rare qu'elle devrait en être honorée, l'un de ceux qui se veulent désolée, mais empreint d'une fierté malsaine qui se dégage de mon être entier. Mon mouvement de tête s'arrête. Je pousse la tasse qu'elle m'a servie vers elle. Je n'y ai pas même goûté. Elle m'a parlé de courtoisie; je n'avais rien eu à répondre, car que prétendait-elle savoir de plus que moi, sur la courtoisie. Ceux qui la méritaient l'obtenaient. Ceux qui s'improvisaient mauvais elfe de maison, en revanche... Qu'elle s'occupe de ce qui la regarde, la prochaine fois. Les bonnes n'ont rien pour être regardées.

- Ne prétends plus jamais penser ne connaître qu'un millième de ce que je suis. Car de toute évidence, tu es bien trop aveuglée par une aversion que tu ne sais même pas justifier pour remettre en question ce que tu penses savoir.

Ma voix n'a pas bouger, est restée ce placide froid. Le débat m'a assoiffé, je me sers un verre d'eau, en bois deux gorgées.

- Sur ce, le cours d'anatomie ne devrait pas tarder.

Je me lève, la tasse de café servie pas même touchée. Mes jambes enjambent le banc, j'attrape la Gazette du sorcier avec lenteur, comme le sont chacune de mes paroles. Je m'incline doucement, la main sur le cœur et le regard dans le sien; la courtoisie, a-t-elle dit. Mais nous nous reverrons dans la journée, dans quelques minutes. Mes pas se mettent en marche. Un, deux. Je m'arrête, je me retourne. Mon index se lève devant mon visage.

- J'oubliais. Est-ce que je sais me remettre en question ?  

Mon regard, cette fois-ci se veut méchant. Réellement. Cruel, détestable. D'un noir rare. D'une menace réelle. Je sais pourtant que ma voix reste placide, reprend d'une froideur légendaire.

- Sache Bolton, qu'il n'y a que des questions. Jamais de réponse.

Car il n'y aura jamais de vérité universelle. Je suis méchant à ses yeux. Ainsi soit-il. Elle ne m'aura pas convaincu que je le suis, naturellement.
Je m'en vais.
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Hibou


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Re: Première matinée [LIBRE]
09.09.16 22:26



 


 

Et il l'envahissait à son tour d'un flot de paroles, d'une quantité dans laquelle elle se noyait. Car il aurait été présomptueux de croire que Deborah se contentait de se perdre dans ses propres mots, alors qu'elle savait si bien se perdre dans ceux des autres.
Alors il y avait ce flot, incessant. Il lui semblait qu'Arcturus aurait pu parler plusieurs jours sans se taire. Alors elle écoutait, sans trop d'attention néanmoins, comme on écoute par habitude un grésillement, sans l'analyser, sans le comprendre.

Elle tira une fois de trop sur le col de sa chemise, et dans ce geste si subtil, si nerveux, qui traduisait son malaise, ses bouffées, le dérangé de ces petites rougeurs sur sa figure, elle sembla comprendre, comprendre d'où venait cette chaleur. De ce besoin de rejoindre l'extérieur, de quitter ces tours, ces murs. Il lui fallait la véritable lumière du jour, celle qui libère les esprits et les passions. Arcturus, Arcturus revêtait les mêmes couleurs que ce château, de la pierre grise, le sinistre d'un style, poussière. Elle avait chaud parce qu'elle-même commençait à se fondre, dans l'enfermement. Elle voulait ses pensées libres, libres de s'envoler dans l'horizon. Elle comprenait à l'entendre qu'il les rendait étroites. Qu'avait-elle cru faire, en s'arrêtant sur ces choses pour lui, tandis qu'il y avait tant de choses à imaginer. Qu'avait-elle cru penser, face à ce terre à terre, alors la vérité demeurait dans ses illusions, dans la beauté de ses songes.  
Il avait un flot impatient, trop long ; il disait s'intéresser aux idées, elle pensa incrédule qu'il préférait les anéantir. Alors cela lui avait arraché une autre tendresse, deux petites fossettes. Mais ce n'était pas grave, comme elle plaignait les gens amères, plutôt que de les détester, comme elle préférait aimer ceux qui ignoraient. Puisque cela lui demandait un effort moins intense, moins réfléchi que la réflexion, puisqu'elle préférait la spontanéité et le dévouement accordées aux impulsions, aux élans affectifs.

Alors elle ne se sentit plus tant agacée, tandis qu'elle s'imaginait que réellement, non, ils ne parlaient pas la même langue, le même langage, le même monde. Que lui importait de ne pas savoir assez bien parler, assez bien s'exprimer, que lui importait ces sujets si futiles de conversations ? Cela lui parut si vain. Il n'y avait pas tant besoin de réfléchir.

_ L'essentiel est ailleurs. et elle en était si convaincue, derrière ses sourires si vastes, si plein de cet espoir, de cet éclat ravi, béat, si plein de ces émotions contradictoires mais certes essentielles, certes un peu simples.
Alors elle se souvint oui, que ces désaccords ne signifiaient rien, que ces conversations ne menaient jamais à rien. Il lui paraissait absurde de discuter, tant cela lui semblait voué à être gaspillé, non pas d'un temps mais d'une énergie. Et elle aurait voulu lui dire, que dans son monde, il n'y avait pas de place pour ces questions, pour de l'obsolète, du dérangement. Là où les douleurs n'étaient pas épargnées, Deborah préférait la douce ignorance.

_ Les idiots ont sans doute une vie plus simple et plus heureuse, parce que leur esprit n'est pas si encombré. J'aime être une idiote, j'aime ne pas avoir les tourments de ceux qui pensent trop, de ceux qui se torturent. Tu as raison, Arcturus, je n'ai rien à te dire. Parce que je n'ai pas la suffisance de pouvoir prétendre suivre ta pensée, parce c'est l'exercice même que j'abhorre. Je préfère le hasard, les sentiments, les émotions à la raison.

Elle s'était redressée à son tour, une main tapotant sa jupe un peu longue pour chasser un reste de miettes, une autre encore avait remonté ses manches sur ses coudes. Et c'était ainsi vrai que, les bras le long du corps, malgré l'odeur de propreté, malgré le soin apporté à l'épaisse chevelure, au-delà d'une féminité qu'elle portait dans une démarche gracieuse, de quelques pas aériens, de quelque façon de se tenir, droite, de cette féminité ingénue oui, qui éclot indépendamment de sa volonté semblait trouver sa place dans un port fragile et délicat ; au delà, oui, il y avait cet air frais et champêtre, cette simplicité négligée.

Sa silhouette avait voltigé près de la sienne, ses pas calqués dans les siens, avait ignoré le reste, avait ignoré le regard qui se voulait dur. Têtue.

_ Tu as eu raison de me le dire, je n'aurai pas dû te juger sans te connaître. Tu n'es pas comme je l'imaginais, je me suis trompée.  

Elle se mordit une lèvre, observa son regard une dernière fois, avant de simplement laisser tomber une partie de son maigre poids contre l'épaule du garçon. Chemise impeccable contre chemise froissée. Blanc contre tâche de café. Sophistication contre brouillon. Raisonnable contre déraison.

_ Je suis terriblement désolée. Et de toute son assurance tranquille et paisible, elle avait bêtement promis. Alors à la place de te mépriser, je vais t'adorer comme personne ne le fera jamais.

Et sur une toute nouvelle euphorie, sa chemise s'éloigna de la sienne, non sans y laisser un pli. Un odieux pli.


(c) naehra.

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